Brexit, au-delà du D-Day
Les autorités de marché des deux côtés de la Manche le jurent : tout a été fait à leur niveau pour que la journée du 1er avril, première séance post-Brexit, se passe bien sur les marchés financiers. Cette affirmation officielle n’empêche naturellement pas qu’elles seront sur le qui-vive ce jour-là, et prêtes à intervenir de façon coordonnée si nécessaire. Voilà de quoi rassurer les professionnels ; mais que le Brexit soit finalement négocié ou non, à la date prévue ou plus tard, le temps est venu pour eux et leurs autorités de tutelle de s’interroger sur les conséquences de long terme de cet événement sans précédent ni retour. La plus claire, et la plus délicate à anticiper dans ses suites, est une fragmentation supplémentaire des marchés européens, encore bien incapables de s’intégrer au degré que justifierait la puissance économique du continent.
Déjà les premiers signaux inquiétants apparaissent : si les mesures vitales, comme la reconnaissance mutuelle des marchés dérivés, ont été prises, une absence d’accord spécifique sur les places boursières aura pour conséquence de rendre impossible pour les sociétés d’investissement d’opérer en bourse sur des titres cotés outre-Manche dès lors qu’ils le sont aussi sur une place continentale. Si le sujet n’est pas traité, 500 sociétés seront concernées. Gérable sur un plan systémique, cette absence d’équivalence signifiera cependant pour les acteurs moindre liquidité et hausse des coûts, voire, à plus long terme, fin des doubles cotations et transferts réciproques d’activités. Plus globalement, trouver un système d’équivalence durable entre tous les types de marché dans les douze mois, échéance affichée dans les accords d’urgence signés, n’ira pas de soi. Les risques nouveaux résultant de cette incertitude en termes de fragmentation seront un défi qui compliquera un peu plus la recherche d’une Union des marchés de capitaux (UMC) complètement enlisée. Autant dire que ce chantier, qui ne pourra plus bénéficier du soutien britannique d’ailleurs, sera largement à reconsidérer, jusque dans ses fondations mêmes.
Comme le constate avec raison un nombre croissant de professionnels, l’UMC n’est pas du tout à la hauteur des besoins de financement de l’économie réelle du Vieux Continent. L’absence de véritable prise en compte des besoins d’investissement de long terme en capital des investisseurs institutionnels est une de ses incohérences majeures ; mais on peut encore citer l’incapacité à avancer vers une intégration des marchés de la dette ou à promouvoir une titrisation vraiment efficiente. De quoi expliquer pourquoi le dollar représente encore une part substantielle du financement des grandes entreprises européennes. La législature qui s’achève en Europe a surtout été celle de la régulation ; celle qui vient doit être celle de son articulation, quitte à l’amender sans tabou, avec le financement de l’économie réelle. On imagine que les résistances nationales ne manqueront pas. Ce n’est pas une raison pour renoncer à un objectif plus crucial que jamais.
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