AlphaValue plaide pour la séparation des banques de détail et de marché
S’inspirer des solutions anglo-saxonnes pour protéger les banques françaises des risques provoqués par des pertes de trading n’est peut-être pas une bonne idée. La France hésite entre deux modèles: la règle américaine Volcker (interdiction du trading pour compte propre) et la règle britannique Vickers (protection de la banque de dépôt par son cantonnement).
Dans une étude dévoilée hier, les analystes d’AlphaValue privilégient une solution polémique: la scission pure et simple de la banque commerciale et des activités de marché, à l’instar du Glass-Steagall Act américain abrogé en 1999. «L’épisode de la baleine de JPMorgan à Londres [pertes sur des opérations de couverture, ndlr] l’a remis au goût du jour», notent-ils.
Concernant Volcker, la définition de trading pour compte propre n’est pas assez restrictive et les prêts risqués (aux hedge funds, aux LBO) restent autorisés. Pour AlphaValue, la règle devrait en outre exclure les activités de tenue de marché et de prise ferme (underwriting). Chez Vickers, la banque de marché demeure à l’intérieur du groupe. C’est aussi, selon les analystes, la solution qui protège le moins du conflit d’intérêts. En outre, sa complexité «est le meilleur moyen d’augmenter les risques».
Pour le bureau d’analyse, un Glass-Steagall Act à la française permettrait aux actionnaires de «récupérer une partie de leurs pertes tout en gardant une option sur un retour à meilleure fortune». Car, rappelle l’analyste Christophe Nijdam, ils ont subi «une destruction de valeur massive» depuis 2007: -70% pour les banques européennes, mais -81% (soit 164 milliards) pour les quatre principales banques françaises...
Selon AlphaValue, cette destruction supérieure vient précisément du modèle universel français, dans lequel se côtoient activités de marché et de réseau. La crise de liquidité d’août 2011 en attesterait: à l’époque, «les banques françaises ont des actifs de trading hypertrophiés structurellement mal financés, sans compter le financement des filiales internationales qui obligent à chercher des liquidités sur les marchés», explique Christophe Nijdam, qui rappelle que les établissements français sont les troisièmes plus gros consommateurs du LTRO à 1 an de la BCE.
D’après ses calculs, une séparation libérerait 37% de valeur pour BNP Paribas, 42% pour CASA, 38% pour la Société Générale et 15% pour Natixis. Une vision totalement opposée à celle des banques ou de consultants comme Sia Conseil.
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