Visa Europe transige avec Bruxelles sur les commissions d’interchange
Visa Europe et Bruxelles se sont finalement accordés sur leur différend concernant les commissions multilatérales d’interchange (CMI, commission versée par la banque d’un commerçant à la banque émettrice de la carte, ndlr). En l’échange de l’abandon des poursuites de la Commission européenne, le réseau de cartes bancaires s’est engagé à réduire ses commissions d’interchange à 0,2% du prix final d’un produit ou d’un service, ont indiqué des sources européennes, confirmant les informations dévoilées jeudi par l’agence Reuters.
La décision, qui permet à Visa Europe d’éviter une lourde amende, pourrait être officialisée le 8 décembre prochain, selon les deux sources proches du dossier évoquées par Reuters. L’engagement du réseau de cartes bancaires est valable pour une durée de quatre ans, à compter de février. Il s’appliquera pour les paiements transfrontaliers et pour les transactions nationales effectuées par cartes de débit immédiat dans neuf pays européens incluant l’Irlande, l’Italie et la Suède. La France n’est pas concernée, Visa Europe n’y fixant pas les CMI.
Cet accord met fin à une partie des contentieux entre la Commission européenne et le réseau de cartes bancaires. En 2009, dans le sillage de la mise en place de la directive européenne des moyens de paiements (Sepa), Bruxelles s’était en effet inquiété des risques de position dominante du duopole MasterCard / Visa au sein du secteur. Dans ce cadre, MasterCard avait entrepris en avril 2009 de réduire également le montant de ces commissions. Visa Europe reste toutefois dans le collimateur de Bruxelles, les contentieux sur les cartes de crédit et à débit différé se poursuivant.
MasterCard et Visa Europe étaient également dans le viseur des autorités outre-Atlantique. Un accord amiable a été conclu au début du mois d’octobre avec le département de la justice américaine, les deux réseaux de cartes bancaires s’étant engagés à mettre fin à certaines pratiques et notamment à permettre aux commerçants de pouvoir accepter un plus large choix de cartes de leurs clients. American Express s’est désolidarisé de ses deux concurrents et va dès lors se retrouver devant les tribunaux pour pratiques jugées déloyales.
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Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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