Union bancaire, une offre à ne pas gaspiller
Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. Christian Lindner, le nouveau ministre allemand des Finances, a repris cette maxime à son compte en accueillant le 10 janvier son homologue irlandais Paschal Donohoe, président de l’Eurogroupe. Le chef du parti libéral, présenté comme un champion de l’orthodoxie, a donné à ses partenaires des signes d’ouverture encourageants afin de mettre sur la table deux sujets essentiels à la stabilité de la zone euro : la réforme des règles budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance, d’une part, l’achèvement de l’union bancaire, d’autre part.
Voilà des années que ce second chantier est au point mort. La garantie européenne des dépôts, troisième pilier de l’union bancaire avec la supervision unique et le mécanisme commun de résolution des faillites, s’est toujours heurtée à l’opposition de pays comme l’Allemagne. Ceux-ci craignent de payer pour l’incurie de leurs voisins, et qu’importe si les banques d’outre-Rhin ne semblent pas les mieux placées, au vu de leurs performances passées, pour donner des leçons de bonne gestion. L’édifice reste branlant, au grand dam des superviseurs européens.
En proposant de rouvrir ce dossier au moment où la France assume la présidence tournante de l’Union européenne, la nouvelle coalition au pouvoir outre-Rhin accomplit un pas important. Un pas seulement : Berlin évoque une simple réassurance entre schémas de garantie nationaux et défend ainsi une ligne rouge qui rendra difficile l’atteinte d’un compromis. Mais celui-ci vaut les efforts qu’il réclame. Le lien entre risque bancaire et risque souverain, qui avait conduit la zone euro au bord de l’explosion lors de la restructuration de la dette grecque, n’a pas disparu. Tout au plus est-il sorti du radar des investisseurs, gentiment anesthésiés à mesure que la Banque centrale européenne nationalisait par ses achats d’actifs une bonne partie du marché obligataire.
Il ne faudrait pas grand-chose pour qu’il réapparaisse en 2022, année de grande bascule pour la politique monétaire. Les banques détiennent à leur bilan d’énormes montants de dette de leur pays d’origine. Les rendements des emprunts d’Etat remontent nettement depuis début janvier. La fragmentation de la zone euro, en termes de perspectives de croissance et d’inflation, demeure. Les fragilités économiques et institutionnelles ressurgissent : l’Espagne décroche, l’Italie s’interroge sur le devenir de son homme providentiel Mario Draghi. En Italie toujours, le système bancaire est loin d’avoir achevé sa restructuration. Enfin, la BCE aura beau se garder de toute mesure brutale et déstabilisante, il lui faudra répondre aux pressions inflationnistes généralisées qui rendent sa position de plus en plus inconfortable. Christian Lindner a raison : ne gaspillons pas cette crise, au risque de devoir en gérer bientôt une autre dans l’urgence.
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