Une sortie du Tarp sous surveillance
Le Trésor américain a donné hier son feu vert au remboursement d’ici deux semaines par dix établissements financiers des fonds reçus l’an dernier dans le cadre du Troubled Asset Relief Program (Tarp) pour un total d’un peu plus de 68 milliards de dollars (voir tableau). Sont concernés huit des neuf établissements jugés suffisamment capitalisés par les « stress tests », dont les résultats ont été publiés le 7 mai dernier (le neuvième, l’assureur vie MetLife, n’a pas bénéficié de l’assistance financière du Tarp).
A ces huit établissements s’ajoutent donc Morgan Stanley – la banque d’affaires a reçu 10 milliards de dollars du Tarp, et levé nettement plus que le 1,8 milliard demandé à l’issue des tests de résistance – et la banque californienne Northern Trust – qui n’a pas été soumise aux stress tests. Bank of America et Citigroup, qui ont chacune reçu 45 milliards de dollars, ne figuraient en revanche pas sur la liste des établissements autorisés à rembourser, de même que Wells Fargo & Co (25 milliards de dollars). Cette dernière a précisé qu’elle n’était pas candidate au remboursement et accordait la priorité à l’intégration de Wachovia.
Cette vague de remboursement, pour être de loin la plus massive, n’est pas la première. 22 établissements régionaux ont déjà été autorisés à restituer 1,9 milliard de dollars. Mais l’Etat américain, qui est entré au capital de plus de 600 banques du pays pour près de 200 milliards de dollars, reste très largement engagé dans le système bancaire.
Les établissements autorisés à rembourser le Tarp acquièrent également le droit de racheter au Trésor les warrants octroyés au même moment et destinés initialement à permettre à l’Etat, et donc au contribuable, de bénéficier de leur redressement. Mais les conditions de ces rachats demeurent floues pour le moment. Le Trésor évoque simplement « une juste valeur de marché » (« fair market value »). Selon Linus Wilson, professeur de finance à l’université de Louisiane, quelques établissements régionaux auraient racheté leurs warrants pour une valeur oscillant entre 32 et 46 cents pour un dollar, sans que l’on sache si cette fourchette est pertinente pour des établissements plus importants. La même incertitude entoure la valeur totale des warrants distribués – 12 milliards de dollars selon Linus Wilson, 5 milliards pour Herb Allison, responsable du Tarp au sein de l’administration Obama.
A Wall Street, les analystes sont partagés sur le bien-fondé de ces remboursements dans un contexte où les banques demeurent fragiles. Mais en se dégageant du Tarp, les banques espèrent retrouver leur liberté en matière d’embauche de salariés étrangers, de versement de dividendes, ou de rémunération des dirigeants. Sur ce dernier point, le gouvernement devrait présenter en fin de semaine ses directives pour les groupes recevant l’aide de l’Etat.
Le président Obama, qui doit présenter mercredi prochain une réforme de la réglementation financière, a toutefois prévenu : « cette restitution des fonds ne vaut pas pardon des excès passés ou permission pour de futurs méfaits ». Elle sera toutefois profitable pour l’Etat américain, a-t-il relevé.
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