SANTÉ AU TRAVAIL - Pronostic mental engagé
Au moment où s’organise le retour sur site des salariés déconfinés pour la troisième fois, la Semaine pour la qualité de vie au travail, qui s’est achevée le 18 juin, a consacré le « travailler ensemble » dans le contexte de crise sanitaire et au-delà. Comment maintenir le lien et la cohésion d’équipes à distance ou en travail hybride ? Comment éviter les situations d’isolement, repérer les fragilités ? Comment faciliter l’expression des difficultés et attentes de chacun ?
La prévention des risques psychosociaux (RPS) est en effet devenue un enjeu majeur, comme en témoignent plusieurs enquêtes récentes, telle la 7e vague du baromètre Empreinte humaine, conseil en qualité de vie au travail (QVT) et RPS, réalisé auprès de quelque 2.000 salariés du 30 avril au 10 mai dernier. Les résultats font état d’un niveau de détresse psychologique toujours aussi important depuis mars 2020. Il concerne 44 % des salariés, dont 17 % se disent en « détresse psychologique élevée ». Le taux de dépression nécessitant un accompagnement se maintient à 36 % (dont 21 % en risque de dépression sévère).
Au total, selon le cabinet, 2 millions de salariés seraient en burn-out (épuisement professionnel), soit deux fois plus qu’il y a un an. Pas simple pour les employeurs qui sont tenus, depuis 2002, de prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». D’autant que les employés ne sont pas les premiers concernés : cette détresse psychologique touche en effet 52 % des managers, 61 % des présidents et des DRH et 80 % des directeurs généraux (notamment dans les TPE-PME). Autre problème de taille : six salariés sur dix ont l’impression que leur direction ne se rend pas bien compte de l’état psychologique des équipes et n’agit pas en conséquence.
La finance n’est pas épargnée par le problème, tant s’en faut. Selon la Dares, un travailleur sur dix a connu une dégradation importante de ses conditions de travail durant la crise sanitaire, avec une augmentation sensible des RPS. Une population où sont notamment surreprésentés « certains secteurs des services comme les activités bancaires et d’assurances ».
Un mal installé
Tout mettre sur le dos du Covid-19 serait cependant aller un peu vite en besogne, considère le Syndicat national de la banque et du crédit (SNB/CFE-CGC) : « Depuis 2011, nous menons tous les trois ans une enquête régulière sur les RPS, et cela fait dix ans que nous voyons les conditions de travail se dégrader et le mal-être s’installer », souligne son président, Frédéric Guyonnet. La banque est un secteur d’activité en perpétuel changement, qui souffre d’une mauvaise image, et 10.000 incivilités y ont été recensées en 2020. En tant qu’opérateurs d’importance vitale, les banques ont par ailleurs été soumises, durant cette crise, à des injonctions contradictoires en matière de télétravail. »
« Jusqu’ici, poursuit-il, il était facile de remplacer les postes vacants suite à des démissions ou des reconnaissances d’inaptitude après des arrêts maladie longue durée ou des burn-out. Aujourd’hui, le secteur a du mal à recruter et aurait tout intérêt à s’occuper mieux de ses collaborateurs. » Les accords de qualité de vie au travail devraient améliorer la situation. Mais au-delà des lignes d’assistance psychologique directement mises en place par l’employeur ou proposées dans le cadre de la mutuelle d’entreprise, la santé mentale des troupes est-elle correctement prise en compte ?
Terry Wou, qui a passé la première partie de sa carrière dans la finance, connaît bien la question. Et a imaginé un nouveau service B to B, « Bien-être World », visant à préserver la santé psychologique des collaborateurs (lire ‘La parole à...’). L’application, qui sera lancée très prochainement, donne accès à des praticiens (hors psychiatres) préalablement sélectionnés pour des consultations à distance partout dans le monde. L’employeur souscrit au service, peut cibler ou non certaines populations et laisse ensuite la solution à la libre disposition des salariés. Après avoir répondu à un questionnaire, ils se voient proposer un choix entre plusieurs thérapeutes en fonction de leur besoins (stress, sommeil...) – que celui-ci soit ou non d’origine professionnelle. « Il ne s’agit pas d’un outil de diagnostic, souligne Terry Wou. Il n’y a, derrière, aucune intelligence artificielle et nous appliquons une stricte politique de protection et de confidentialité des données, auxquelles les RH ne peuvent en aucun cas avoir accès. » Des contacts ont déjà été pris avec des entreprises de la grande distribution, des cabinets d’avocats et, bien sûr, des acteurs de la finance.
Le créneau est (hélas !) porteur. Aux Etats-Unis, la Fondation internationale des régimes d’avantages sociaux des salariés (IFEBP) a interrogé, en avril et novembre 2020, plusieurs centaines d’organisations pour examiner les implications de la pandémie sur leurs régimes d’avantages sociaux. Au printemps, 17 % des répondants avaient ajouté des composantes supplémentaires à leur offre de soins en matière de santé mentale (dont des services de télépsychiatrie), 21 % envisageant de le faire. La deuxième vague de l’enquête montre une augmentation, entre 2019 et 2020, du nombre de demandes de prestations de santé mentale dans 63 % des organisations offrant ce type de services. Lesquelles anticipent, à 73 %, une nouvelle hausse des besoins en la matière pour cette année.
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