Pour éviter MIF 3
Quinze jours après l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation sur les marchés d’instruments financiers (MIF 2), il est encore trop tôt pour tirer un bilan définitif de cette réforme majeure. Comme son lointain prédécesseur, ses effets sur la structure des marchés en Europe ne se feront sentir qu’à long terme. Mais un constat s’impose déjà : les multiples reports et retards à l’allumage annoncés ces dernières semaines illustrent les vices de conception du projet. Qu’aucun incident majeur n’ait émaillé le « big bang » du 3 janvier et des jours suivants, ce qui est bien le moins pour un texte censé contribuer à la stabilité financière en Europe, constitue une maigre consolation aux yeux des professionnels.
Passe encore que les autorités de supervision aient décalé de quelques mois l’application de mesures techniques, après avoir déjà repoussé d’un an l’entrée en vigueur de l’ensemble de la réforme. Eux-mêmes submergés par l’avalanche de standards nécessaires à l’application de MIF 2 (lire page 35), les gendarmes boursiers ont dû faire preuve d’un pragmatisme salvateur. Quel crédit accorder cependant à leur démarche lorsque, le jour J venu, des pans entiers de la réforme sur les produits dérivés se voient reportés à 2020, en attendant, peut-être, un enterrement de première classe ?
Deux sortes de défauts dans la conduite du projet éclatent ici au grand jour. Le premier tient à la lenteur de la fabrique des lois en Europe. Les travaux sur MIF 2 ont démarré il y a une éternité, en 2010, alors que la crise financière rendait déjà caduques une partie des dispositions de la première directive. Huit ans plus tard, la nouvelle mouture apparaît elle aussi intempestive. D’inspiration largement anglo-saxonne, comme la précédente, elle se concrétise à un moment où les priorités ont changé. Il s’agit désormais de construire une véritable Union des marchés de capitaux européens, ou à tout le moins de leurs réglementations, et d’assurer la transition vers un monde post-Brexit. La seconde limite vient du dialogue insuffisant avec les praticiens sur les conséquences de ces textes, dont l’expérience montre qu’elles peuvent être à l’opposé des intentions affichées. Le sort réservé par MIF 2 à la recherche financière sur les valeurs moyennes, menacée d’atrophie au nom de la lutte contre les conflits d’intérêts, en constitue un malheureux exemple parmi d’autres. C’est d’autant plus regrettable que les objectifs de transparence des marchés et de protection des investisseurs sont bien légitimes.
Nul ne pouvait anticiper le vote sur le Brexit, mais il est frappant d’observer comment le paquebot de la réforme peut voguer tranquillement vers les icebergs à l’horizon sans dévier de sa route. Au point que des professionnels évoquent déjà une directive MIF 3 qui corrigerait les défauts de la mouture actuelle, mais en créerait forcément d’autres. Cette illusion du tout-réglementaire n’est plus de mise. A l’heure où sa première place financière, Londres, s’apprête à faire cavalier seul, l’Europe doit de toute urgence simplifier l’architecture de sa supervision financière et ses processus législatifs.
Plus d'articles du même thème
-
Les lignes bougent dans les projets éoliens aux Etats-Unis
Alors qu’un tribunal fédéral a ordonné à l’administration Trump de lever le gel afférent à l’examen de parcs terrestres, RWE se désengage à son tour de l’éolien en mer dans ce pays. -
L’hémorragie se poursuit sur le secteur des semi-conducteurs
Après la correction de juillet, les valeurs de semi-conducteurs peinent à rebondir face aux attentes hors normes des investisseurs. -
Le second flash crash de SK Hynix illustre les excès sur les puces
L’action du géant coréen des puces mémoire a de nouveau chuté de 30% en avant-Bourse sur la plateforme alternative Nextrade, une semaine après un épisode similaire, avant de se reprendre.
ETF à la Une
Fineco AM lance trois ETF Ucits avec Amundi
- Boeing obtient enfin un précieux sésame sur le 737 Max
- BPCE profite du jackpot de la marge nette d'intérêt
- L’intervention conjointe pour soutenir le yen révèle un risque majeur
- Prétendant de MPS, Banco BPM devient sa cible, le Crédit Agricole reste au centre du jeu
- Bercy exige des banques un meilleur accompagnement des emprunteurs en difficulté
Contenu de nos partenaires
-
Etats-Unis : Todd Blanche, ancien avocat de Donald Trump, confirmé à la tête du ministère de la Justice
Le Sénat américain a approuvé samedi 8 août, par 50 voix contre 49, la nomination de Todd Blanche comme ministre de la Justice. Ancien avocat personnel de Donald Trump, il occupait le poste par intérim depuis le limogeage de Pam Bondi en avril -
L'ONU s'apprête à renouveler son contrat avec Palantir malgré les inquiétudes sur la protection des données
Le Programme alimentaire mondial finalise un nouvel accord de cinq ans avec l’entreprise américaine Palantir. Un audit interne de 2025 avait pourtant relevé des lacunes dans la gestion des risques et de sérieuses inquiétudes concernant la protection des données -
Affaire Lyhanna : l'audit recense des enquêtes sur les violences sexuelles sur mineurs « perdues » dans toute la France
Des procédures introuvables, des milliers de dossiers non signalés aux parquets et des enquêteurs débordés ou insuffisamment formés : un état des lieux réalisé après la mort de Lyhanna révèle de graves défaillances dans le traitement des violences sexuelles sur mineurs