L’inspection générale, pôle d’attraction
La crise sanitaire aurait pu perturber leur activité. Il n’en a rien été. Grâce à la transformation digitale engagée il y a maintenant plusieurs années, les inspections générales (IG) ont été très peu touchées par les deux confinements, comme l’explique Michel Le Masson, inspecteur général du groupe Crédit Agricole : « En temps normal, nos équipes d’audit restent sur le site des entités auditées pendant deux ou trois mois. Aujourd’hui, elles sont toutes en télétravail. Et cela fonctionne bien car, grâce aux outils digitaux permettant de mener les investigations à distance et d’automatiser le traitement des données, nous avons pu boucler la quasi-totalité de notre programme. Certaines missions ont simplement été reportées. » La pandémie n’a pas non plus contrarié les campagnes de recrutement organisées tous les ans. Elles se sont déroulées, elles aussi, à distance. Il faut dire que pour les inspections générales, recruter constitue un enjeu vital. « Nos inspecteurs restant à l’IG entre trois et six ans maximum, nous devons pallier chaque année un turnover naturel de 20 % à 25 % », confirme Jérôme Fischer, l’inspecteur général de La Banque Postale qui a maintenu cette année la politique de renforcement de son équipe, passée de 80 collaborateurs en 2018 à 140 aujourd’hui.
Pour accompagner les vagues réglementaires successives depuis la crise financière de 2008, l’apparition de nouveaux risques liés à la conformité ou à la cybercriminalité, et la croissance exponentielle des volumes de données à analyser, les inspections générales continuent également de diversifier leurs équipes avec des profils d’ingénieurs IT, quant et data. Le gros des recrutements concerne toutefois toujours les inspecteurs généralistes. « Pour ces profils, nous ciblons des jeunes diplômés issus des meilleures écoles de commerce et d’ingénieurs, ou des masters en finance ou audit, précise Michel Le Masson. En essayant de privilégier les candidats affichant sur leur CV un stage, une alternance ou une première expérience dans les métiers de l’audit ou de l’inspection. » C’est ce scénario qui a permis à Anna Boussikli, 24 ans, de rejoindre l’IG de LCL en octobre 2019, après avoir effectué deux stages au sein du service risques opérationnels, conformité et contrôle permanent de la caisse régionale du Crédit Agricole Toulouse et au contrôle permanent de CACIB. « C’est d’ailleurs lors du premier stage que ma tutrice m’a indiqué que mon double profil d’auditeur et de juriste était susceptible d’intéresser les inspections générales du groupe, confie cette diplômée du master 2 en droit bancaire et financier à l’université de Toulouse 1. J’ai donc commencé à me renseigner et me suis rendu compte que l’inspection générale répondait à beaucoup de mes aspirations : sortir de ma zone de confort, monter rapidement en compétences et en responsabilités… »
Des postulants, les inspections générales n’en manquent pas. « On assiste même depuis deux ans à une augmentation significative du nombre de candidatures qui est passé de 600 à 850 », confie Mathieu Tartarin, secrétaire général de la direction de l’inspection générale du groupe BPCE. S i les candidats se bousculent au portillon, c’est parce que cette fonction est toujours perçue, à raison, comme la voie royale pour accéder aux plus hautes responsabilités au sein des banques. Un argument qui a fait mouche auprès de Chloé Beunèche, 27 ans, seconde de mission à l’inspection générale de BPCE. « J’étais chargée d’affaires financement à Bpifrance depuis trois ans lorsque des amis qui travaillaient à l’inspection générale de BPCE et de la Société Générale m’ont parlé de leur travail, confie cette diplômée de l’IESEG School of Management. Ils m’ont expliqué que cette fonction permettait de découvrir la diversité des activités d’une banque et d’échanger avec des dirigeants hauts placés. Et que cette visibilité se traduisait souvent par une accélération des carrières à la fin du parcours. »
Plus de diversité
Soucieuses de diversifier les profils, les inspections générales s’ouvrent de plus en plus à la mobilité interne. « Chez nous, elle concentre un tiers des nouveaux inspecteurs recrutés. Il s’agit souvent d’anciens directeurs d’agence bancaire, ou de collaborateurs en provenance des études clients, de la conformité, du juridique, de la comptabilité ou des RH », confie Stéphane Labat Saint-Vincent, l’inspecteur général du groupe Crédit du Nord. C’est par cette filière qu’Amélie Chuinard, 31 ans, a rejoint l’inspection générale de La Banque Postale en avril dernier. « Après avoir travaillé pendant six ans dans des cabinets de conseil en recrutement, j’ai intégré La Banque Postale en novembre 2018 comme chargée de recrutement et projet RH », confie cette diplômée du master 2 management international des ressources humaines de l’université d’Angers, qui a choisi de tenter sa chance au concours pour « la perspective d’avoir une évolution de carrière rythmée et rapide en cinq ou six ans, et de pouvoir développer des compétences managériales rapidement », alors qu’elle n’avait aucune compétence en finance ou audit. Son parcours illustre d’ailleurs la volonté des inspections générales de s’ouvrir à de nouveaux profils. Pour faciliter cette ouverture, l’inspection générale du groupe BPCE a d’ailleurs instauré des modalités de concours spécifiques. « Aujourd’hui, les postulants ne sont pas évalués sur leur expertise en finance ou en audit. Tous les tests et entretiens s’attachent à identifier les compétences comportementales attendues chez nos inspecteurs : l’esprit d’analyse et de synthèse, la facilité d’adaptation, l’agilité, la curiosité, une bonne expression à l’oral et à l’écrit… », expose Mathieu Tartarin. « Nous sommes aussi très sensibles à la personnalité. La bienveillance, l’humilité, l’écoute et le bon sens sont pour nous des qualités essentielles car pour exercer ce métier, il faut aimer travailler en équipe et interagir avec les audités », conclut Jérôme Fischer.
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