LGBT+, un besoin de visibilité au travail
Il y avait déjà une charte d’engagement, créée en 2013 – aujourd’hui signée par 120 employeurs publics et privés (dont plusieurs assureurs et groupes de protection sociale). Désormais, il y a les « rôles modèles ». Egalement à l’initiative de l’Autre Cercle, association française référente pour l’inclusion au travail des personnes LGBT+ (lesbiennes, gay, bisexuel(le)s, transgenres, intersexes et toutes les variations d’orientation sexuelle ou d’identité de genre), ce projet s’est concrétisé par une cérémonie organisée le 16 mai dernier au mythique studio 104 de la Maison de la radio. Evénement placé sous le haut patronage du président de la République et au cours duquel ont été distinguées soixante personnalités, collaborateurs et dirigeants d’entreprise, réparties dans trois catégories de rôles modèles : dirigeant(e)s, leaders et allié(e)s*.
Une première en France… mais pas outre-Manche. Ce « top 60 » hexagonal a en effet été organisé avec l’association OUTstanding, qui réalise, depuis cinq ans déjà, l’équivalent dans le monde anglo-saxon, en partenariat avec le Financial Times. L’objectif est simple : faire évoluer les mentalités pour tendre vers un monde professionnel inclusif. Comment ? En rendant visibles des acteurs LGBT+ influents et/ou décisionnaires, ainsi que ceux qui les soutiennent, via l’émergence de « rôles modèles » dans les organisations. Des référents, auxquels les personnes concernées pourront s’identifier.
Un grand pas en avant. Car aux Etats-Unis, par exemple, près d’un salarié LGBT+ sur deux (46 %) se dit « au placard » au travail, selon le groupe de défense Human Rights Campaign (HRC). Or, « être invisible n’est pas propice à l’épanouissement et à l’expression de tous les talents, tandis qu’être visible confronte certains LGBT+ aux tabous et aux LGBTphobies », pointe l’Autre Cercle. Mais « le talent n’a pas d’orientation sexuelle ni d’identité de genre », plaide Alain Gavand, vice-président de l’association et chef du projet.
Un enjeu business
Cette première édition française aura – tout de même ! – permis de recueillir 115 candidatures* (les trois quarts proviennent d’Ile-de-France), le secteur tertiaire, dont la banque-assurances et le consulting, étant le plus représenté, observe Alain Gavand. De ce côté-ci du Channel, pourtant, l’opération n’était pas gagnée d’avance : « Il y a un an, personne n’y croyait. C’était trop osé, trop anglo-saxon », se remémore-t-il.
« Beaucoup de gens se demandent pourquoi les entreprises se mêlent de choses d’ordre privé », convient Caroline Courtin, responsable diversité et inclusion du groupe BNP Paribas, partenaire de l’événement. Et de rappeler la volée de bois vert reçue par la banque à la signature de la charte d’engagement LGBT, en 2015 (une pétition intitulée « Renoncez à la promotion du communautarisme, concentrez-vous sur le financement des entreprises ! » sur le site CitizenGo avait alors rassemblé plus de 10.000 paraphes). « Mais l’homophobie ne s’arrête pas aux portes des entreprises et nous souhaitons que tous nos collaborateurs puissent, le lundi matin autour de la machine à café, raconter ce qu’ils ont fait le week-end. » Simplement. Sans mensonge ni autocensure.
Une position partagée par le cabinet d’avocats d’affaires international Herbert Smith Freehills, l’un des autres partenaires de la manifestation : « La problématique dépasse le cadre LGBT, appuie Rebecca Major, associée et chargée des questions de diversité. Nous voulons faire en sorte que nos avocats et nos salariés soient à l’aise au travail et ne soient pas obligés de taire une partie de leur vie. » L’avocate n’imagine pas tenable de cloisonner constamment vie privée et vie professionnelle : « Si on ne se sent pas compris et accepté au travail, on risque d’être moins heureux, moins intégré dans l’équipe, moins fidèle et moins performant. » « Etre soi-même est une vraie libération », confirmait d’ailleurs un dirigeant gay, invité à débattre avec d’autres lauréats sur les rôles modèles.
« En interne, nous voulons montrer que seule la méritocratie compte, poursuit Rebecca Major. Il y a évidemment un enjeu business, parce que beaucoup de nos clients s’intéressent à ce que nous faisons en matière de diversité et souhaitent intégrer ces sujets dans leurs entreprises. » Un thème de fait ancré dans les politiques RSE des grands acteurs du secteur banque-assurances. Aviva figure d’ailleurs au palmarès en la personne de son directeur général Europe et France, Patrick Dixneuf, distingué dans la catégorie « alliés dirigeants » « pour son engagement et son soutien actif en faveur de l’intégration des personnes LGBT+ au sein de l’entreprise », précise l’assureur européen aux gènes franco-britanniques.
L’associée d’Herbert Smith Freehills le reconnaît volontiers : « Notre ADN international nous a poussés à promouvoir une approche inclusive où nous veillons sur l’égalité hommes-femmes et où chacun peut exprimer librement son orientation sexuelle ou sa religion. » Mais au-delà des valeurs portées par sa démarche, le cabinet se veut aussi très pragmatique : « La diversité permet de penser différemment. Ce qui est essentiel pour alimenter l’innovation dans l’entreprise. »
* Les candidats ont été évalués par un jury sur 4 critères : leurs actions visant à faire de leur organisation un lieu plus inclusif pour les personnes LGBT+, leurs activités en dehors du lieu de travail pour contribuer à faire avancer les choses, leurs réussites professionnelles récentes, leur séniorité et/ou leur influence dans leur entreprise. Plus sur le site : www.autrecercle.org.
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