Les superviseurs exhortent les institutions financières à ne pas baisser la garde
Malgré la reprise, il ne faut surtout pas se réjouir trop vite. Les ESA, le groupement des trois superviseurs du secteur financier européen (European Supervisory Authorities), que sont l’Autorité bancaire européenne (EBA), celle des marchés financiers (Esma) et celle des assurances (Eiopa), a publié mercredi 8 septembre un rapport sévère sur les risques qui pèsent aujourd’hui sur les institutions financières. Malgré une reprise de la croissance, les vulnérabilités du secteur sont nombreuses et plusieurs problèmes potentiels se télescopent. Les risques peuvent se révéler aussi bien économiques et financiers que cyber.
Le rapport souligne que malgré des perspectives positives, les superviseurs craignent la matérialisation de risques liés à « des effets secondaires des mesures de crise », tels que l’augmentation des niveaux d’endettement ou encore la pression à la hausse sur les prix des actifs, dont certains atteignent des niveaux particulièrement élevés. « Les institutions financières et les autorités de surveillance devraient continuer à se préparer à une éventuelle détérioration de la qualité des actifs », mettent en garde les ESA.
Pente ascendante des risques
Les superviseurs insistent sur l’accent qui doit être mis sur la qualité des crédits accordés par les banques, et de s’assurer que celles-ci « gèrent correctement la transition vers la phase de reprise ». Les trois superviseurs craignent qu’elles aient à supporter des pertes à cause de l’expiration des mesures de soutien public et des moratoires sur les prêts. Or, le rapport indique que les indicateurs de qualité des portefeuilles de prêts des banques ont tendance à se dégrader depuis la fin de l’année dernière. « Cela peut indiquer des risques de détérioration de la qualité des actifs et d’augmentation des pertes de crédit à venir, et peut obliger les banques à augmenter les niveaux de provisionnement », estime les ESA. Ces conclusions rejoignent la méfiance dont a fait part mercredi Andrea Enria, responsable de l’EBA, dans le magazine du think tank Eurofi. « Il y a des signes que la détérioration de la qualité des actifs causée par la pandémie n’a peut-être pas encore atteint son point haut », a-t-il déclaré. Ces déclarations sonnent comme autant d’avertissements alors que le 30 septembre, la Banque centrale européenne lèvera les contraintes sur la distribution des dividendes des banques.
Hackers
Un autre risque, également connu, mais sur lequel insiste le rapport, est celui concernant l’informatique. Le cyber risque tient une place importante dans le rapport. Les ESA rappellent l’étude menée par plusieurs responsables du Fonds monétaire international (FMI) en décembre dernier selon laquelle le nombre de cyberattaques a triplé au cours de la dernière décennie, les services financiers étant le secteur le plus touché. « Une attaque réussie contre une grande institution financière, ou contre un système ou un service de base utilisé par beaucoup, pourrait s’étendre à l’ensemble du système financier en raison de l’interconnexion, avec des conséquences potentielles en termes de continuité des activités, de réputation et, dans des scénarios extrêmes, de liquidité et de stabilité financière », expliquent les superviseurs.
Non seulement les organismes financiers sont des cibles de choix pour les pirates informatiques, mais elles doivent, dans le même temps accélérer sur la digitalisation. Un mouvement rendu inévitable à la fois par le développement de nouveaux usages digitaux à la suite de la pandémie de Covid et à l’émergence de nouveaux acteurs comme les fintechs ou les insurtechs.
Contagion
Enfin, le rapport rappelle, si besoin était, que les institutions financières et les risques qu’elles supportent, sont interconnectés. Par exemple, à fin 2020, en moyenne, environ 13.7% du total des investissements des assureurs sont concentrés sur les banques. Ces mêmes assureurs pourraient aussi pâtir de la baisse de qualité de leur exposition à la classe d’actifs du crédit, les taux très bas ayant accru la demande sur des signatures plus risquées. A en croire les superviseurs, pour le secteur financier, l’hiver approche.
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