Les emprunteurs européens devraient payer un lourd tribut à Bâle 3
S&P va dans le sens des banquiers européens. Selon une étude de l’agence de notation, les nouvelles règles de Bâle 3 et de Solvabilité 2 vont renchérir le coût du crédit pour les entreprises. Elles risquent surtout d’affecter bien davantage les emprunteurs européens par rapport à leurs concurrents américains.
«Les nouvelles règles renchériront de 30 à 50 milliards d’euros par an le coût du financement bancaire en Europe dès qu’elles seront pleinement appliquées en 2018», calcule S&P, contre 9 à 14 milliards de dollars pour les emprunteurs américains. La raison, bien connue, tient au poids bien supérieur du financement bancaire sur le Vieux Continent. L’agence évoque aussi une réduction des concours d’une durée supérieure à 7 ans, des coûts de couverture accrus, et une moindre base d’investisseurs en actions.
Depuis plus d’un an, les banquiers européens soulignent cette modification structurelle du paysage financier. «Un certain nombre de banques de financement et d’investissement de deuxième niveau vont réduire la voilure, voire sortir de ces métiers, souligne le patron d’une BFI à Paris. Le crédit sera plus rare et plus cher, et le financement de plus en plus désintermédié».
Mais l’étude de S&P ne prend pas en compte l’accélération frappante du calendrier réglementaire ces dernières semaines en Europe. Alors que le Comité de Bâle a persisté mercredi dans sa volonté d’imposer des surcharges en capital aux banques, Crédit Agricole SA, BNP Paribas ou la Société Générale ont annoncé des réductions de bilan fondées sur une application à 100%, dès le 1er janvier 2013, des règles de Bâle 3, sous la pression des marchés. Le «deleveraging» progressif qui s’annonçait d’ici à 2018 va donc être effectué en à peine 15 mois dans ces établissements. Avec les risques de choc sur le crédit (credit crunch) qu’un tel rythme suppose.
Les Européens n’oublient pas, enfin, que les Etats-Unis n’ont jamais appliqué les règles de Bâle 2. «Il y a 90% de chances qu’ils n’appliquent pas Bâle 3 non plus», estime le même banquier. L’attaque au bazooka de Jamie Dimon, patron de JPMorgan, qui a jugé ce mois-ci les dispositions de Bâle 3 «anti-américaines», n’est pas passée inaperçue. Dans un tel cas de figure, l’Europe et ses emprunteurs seraient encore plus désavantagés.
Plus d'articles du même thème
-
«Nous sommes restés à l’écart des émissions des hyperscalers»
Alexandre Stoessel, responsable gestion obligataire chez Scor IP -
«La hausse des marchés est portée par la croissance des résultats»
Thibault Dorlet, CFA, Senior Multi-Asset Portfolio Manager chez Candriam. -
Le stablecoin de SG-Forge permettra de régler des titres de créance d'entreprise tokenisés
Euroclear et SG Forge annoncent une collaboration pour utiliser le stablecoin dollar de la filiale bancaire, l'USD CoinVertible, pour le règlement de NEU CP.
ETF à la Une
BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- C'est la fête du slip à la Bourse de Paris
- Le vendeur à découvert Grizzly Research multiplie les attaques sur les sociétés cotées européennes
- Première bougie pour Antonio Filosa chez Stellantis, mais l’étincelle reste à venir
- Alphabet entre dans l’indice Dow Jones, un symbole plus qu’une reconnaissance
- L'assurance emprunteur veut en finir avec les clauses d'exclusion
Contenu de nos partenaires
-
Face aux chaleurs extrêmes les pièges du « travailler moins »
Le débat s’enflamme sur l’adaptation du travail à la canicule, mais il n'échappe pas aux limites économiques du pays -
Et puis quoi encore ?Puces, énergie, capitaux... la grande razzia de l'IA
La pénurie de puces mémoire est le dernier exemple des tensions sur les ressources provoquées par les besoins de l'IA -
Bye byeEDF cède ses énergies renouvelables américaines
Le groupe dégage de nouveaux moyens pour assurer son développement dans le nucléaire