Les emprunteurs européens devraient payer un lourd tribut à Bâle 3

Les règles renchériraient de 30 à 50 milliards d’euros par an le coût du financement bancaire en Europe, selon S&P, bien plus qu’aux Etats-Unis
Alexandre Garabedian

S&P va dans le sens des banquiers européens. Selon une étude de l’agence de notation, les nouvelles règles de Bâle 3 et de Solvabilité 2 vont renchérir le coût du crédit pour les entreprises. Elles risquent surtout d’affecter bien davantage les emprunteurs européens par rapport à leurs concurrents américains.

«Les nouvelles règles renchériront de 30 à 50 milliards d’euros par an le coût du financement bancaire en Europe dès qu’elles seront pleinement appliquées en 2018», calcule S&P, contre 9 à 14 milliards de dollars pour les emprunteurs américains. La raison, bien connue, tient au poids bien supérieur du financement bancaire sur le Vieux Continent. L’agence évoque aussi une réduction des concours d’une durée supérieure à 7 ans, des coûts de couverture accrus, et une moindre base d’investisseurs en actions.

Depuis plus d’un an, les banquiers européens soulignent cette modification structurelle du paysage financier. «Un certain nombre de banques de financement et d’investissement de deuxième niveau vont réduire la voilure, voire sortir de ces métiers, souligne le patron d’une BFI à Paris. Le crédit sera plus rare et plus cher, et le financement de plus en plus désintermédié».

Mais l’étude de S&P ne prend pas en compte l’accélération frappante du calendrier réglementaire ces dernières semaines en Europe. Alors que le Comité de Bâle a persisté mercredi dans sa volonté d’imposer des surcharges en capital aux banques, Crédit Agricole SA, BNP Paribas ou la Société Générale ont annoncé des réductions de bilan fondées sur une application à 100%, dès le 1er janvier 2013, des règles de Bâle 3, sous la pression des marchés. Le «deleveraging» progressif qui s’annonçait d’ici à 2018 va donc être effectué en à peine 15 mois dans ces établissements. Avec les risques de choc sur le crédit (credit crunch) qu’un tel rythme suppose.

Les Européens n’oublient pas, enfin, que les Etats-Unis n’ont jamais appliqué les règles de Bâle 2. «Il y a 90% de chances qu’ils n’appliquent pas Bâle 3 non plus», estime le même banquier. L’attaque au bazooka de Jamie Dimon, patron de JPMorgan, qui a jugé ce mois-ci les dispositions de Bâle 3 «anti-américaines», n’est pas passée inaperçue. Dans un tel cas de figure, l’Europe et ses emprunteurs seraient encore plus désavantagés.

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