Les déclarations de performance extra-financière ne facilitent pas la comparabilité
Alors que les questions environnementales sont récemment montées en puissance tant chez les émetteurs que chez les investisseurs, l’AMF dévoile ce matin son quatrième rapport triennal sur la responsabilité sociale, sociétale et environnementale (RSE) des sociétés cotées. Le régulateur s’est penché cette année sur la déclaration de performance extra-financière (DPEF), obligatoire depuis l’an dernier. Un reporting extra-financier fondé sur les notions de matérialité et de pertinence des informations. «Nous avons voulu étudier comment les émetteurs faisaient la transition entre Grenelle 2 et la DPEF, et ont pris en compte les évolutions réglementaires passant d’une logique d’exhaustivité à une logique de pertinence et de matérialité de l’information à fournir», explique à L’Agefi Astrid Milsan, secrétaire générale adjointe de l’AMF.
Pas de nouvelles recommandations
«Notre objectif est d’accompagner de manière pédagogique les rédacteurs des DPEF 2019 ; nous avons donc pris l’option de ne pas user du ‘name and shame’ mais de mettre en exergue les bonnes pratiques, poursuit Astrid Milsan. Face à l’abondante doctrine tant française qu’européenne émanant aussi bien de la Commission européenne que de l’Esma ou de l’AMF, nous n’avons pas voulu formuler de nouvelles recommandations. Nous répondons également aux interrogations des émetteurs sur l’articulation des textes applicables en France, entre la transposition de la directive relative à l’information non financière et les plans de vigilance et de prévention de la corruption, notamment.»
Ce rapport sur la RSE «doit être mis en perspective avec celui sur l’ISR dans la gestion collective, que nous allons bientôt publier, conclut Astrid Milsan. Tout en aidant les émetteurs, nous voulons expliquer aux investisseurs les règles qui s’appliquent aux sociétés et ce qu’ils peuvent en attendre». De quoi aider au dialogue actionnarial…
Sur la base d’un échantillon de 24 sociétés du SBF 120 ayant émis un rapport intégré (19 du CAC 40 et les 5 plus petites du SBF 120), le régulateur identifie 12 enjeux, dont 4 clés. Primo, la concision de la DPEF est primordiale. Or, la partie dédiée à l’extra-financier a augmenté en 2018 en moyenne de 3 pages à 61 pages ! La DPEF doit se limiter aux seuls risques et opportunités considérés comme matériels. Secundo, la DPEF doit se faire sur un périmètre consolidé (art. L.225-102-1 du Code de commerce). Or, 83% des sociétés analysées précisent que le périmètre varie en fonction de différents critères… L’AMF demande que la société justifie clairement les parties du périmètre non couvertes par la DPEF. Tertio, les indicateurs de performance doivent être pertinents, clairement définis et justifiés pour permettre de mesurer les progrès réalisés historiquement. Au-delà de la publication de ces indicateurs, l’AMF constate que moins de la moitié des sociétés se fixent des objectifs prospectifs pour leur gestion des risques. «Si ces objectifs ne sont pas obligatoires, ils permettent de suivre la trajectoire de l’entreprise», ajoute Astrid Milsan. Quarto, le régulateur demande une cohérence d’ensemble de la DPEF. «Elle doit mettre en perspective le modèle d’affaires de la société avec les risques identifiés, les politiques mises en place et les indicateurs de performance utilisés», poursuit la secrétaire générale adjointe de l’AMF.
L’harmonisation des indicateurs est nécessaire
Afin de mesurer dans quelle mesure la directive 2014/95UE a permis une convergence des pratiques européennes, l’AMF a comparé la DPEF de six groupes européens du secteur pétrolier. «En réalité, les indicateurs choisis sont peu comparables – à l’instar des gaz à effet de serre qui ne se limitent pas toujours au seul C02 – et les périmètres différents, explique Camille Noisette, chargée de mission à la Direction de la régulation et des affaires internationales l’AMF. Aussi, la comparabilité n’est pas possible à ce stade et nécessite auparavant d’harmoniser la méthodologie.»
L’AMF est favorable à une harmonisation des cadres réglementaires afin de parvenir à un cadre de reporting extra-financier européen complet, cohérent et permettant la comparabilité. «Alors que la directive a été transposée différemment d’un pays à l’autre, nous soutenons les initiatives de standardisation des méthodologies et des indicateurs», conclut Astrid Milsan.
En attendant, le régulateur français devrait suivre de près l’évolution des DPEF. La criticité croissante des questions d’information extra-financière pourrait inciter l’AMF, notamment sous l’impulsion de sa commission Climat et Finance durable créée l’été dernier, à publier son rapport RSE non pas tous les trois ans, mais annuellement… L’avenir le dira !
Plus d'articles du même thème
-
Le Royaume-Uni va durcir les règles applicables aux fonds monétaires
Le gouvernement britannique introduira de nouvelles orientations pour les fonds monétaires afin de répondre aux demandes de rachats en période de stress. Une nouvelle législation dont les spécificités techniques seront prochainement apportées par la Financial Conduct Authority, le régulateur local. -
Le Japon doit gérer une relance économique sous contrainte démographique
Le rapport de l’OCDE sur l’économie japonaise recommande une politique de modernisation afin de stimuler la croissance et la productivité d’un pays vieillissant et en manque de main-d'œuvre. -
L'Efama juge que les futures règles anti-blanchiment menacent la distribution de fonds européens
L’autorité de la lutte contre le blanchiment d’argent (Amla) vient de clôturer sa consultation publique sur le projet de standards techniques réglementaires européens (RTS) sur les obligations en matière de due diligence sur la clientèle.
ETF à la Une
Franklin Templeton dévoile quatre ETF sectoriels américains
- BPCE, Crédit Agricole SA et le Crédit Mutuel comptent 161 banquiers millionnaires
- Atos joue gros avec un refinancement à 1,25 milliard d’euros
- BofA clame sa prudence sur Renault et Stellantis
- Eric Larchevêque fait machine arrière sur son projet de «bitcoin treasury company»
- Wero pousse les feux sur son application
Contenu de nos partenaires
-
Printemps franco-algérienDZ mafia, coopération judiciaire et Christophe Gleizes au programme de la visite de Gérald Darmanin à Alger
Le garde des Sceaux entend « revenir avec des informations et des noms » de profils dangereux du narcotrafic qui se sont mis à l'abri en Algérie -
Ezzedine al-Haddad, chef de la branche armée du Hamas, a été tué lors d’une frappe israélienne
Samedi 16 mai, Israël a indiqué avoir tué, vendredi, par une frappe ciblée, Ezzedine al-Haddad, chef de la branche armée du Hamas et l’un des responsables de l'attaque du 7-Octobre -
L’Iran affirme discuter avec des pays européens pour franchir le détroit d’Ormuz
« Des [pays] Européens ont entamé des négociations avec la marine des gardiens de la révolution » pour traverser le passage, a indiqué la télévision d’État iranienne. Les noms des pays concernés n’a pas été précisé et, pour l’heure, aucun pays européen n’a confirmé cette déclaration de Téhéran