Les banques se replient sur leurs marchés nationaux
Face à la nécessité de réduire drastiquement leurs bilans, les banques occidentales ont défini des programmes de cession d’actifs, d’activités, de portefeuilles. Mais comment anticipent-elles ces arbitrages ? Comment distinguer les activités et marchés qui sont stratégiques de ceux qui ne le sont pas ? Plusieurs dizaines de dirigeants d’établissements bancaires internationaux ont répondu à l’enquête menée par le cabinet KPMG au cours de l’année 2011, qui a conduit à la publication de l’étude intitulée «Bruised but not broken». «Ces choix sont la conséquence directe des nouvelles contraintes réglementaires, aussi des activités rentables pourront ne pas être conservées si elles sont trop consommatrices en fonds propres et en liquidité» constate Frédéric Fourré, Senior Manager KPMG au sein des activités Transaction Services, qui ajoute que «cette problématique concerne d’abord les banques européennes, les banques américaines et asiatiques n’étant pas soumises aux mêmes contraintes». Il cite, entre autres, le crédit à la consommation (très pénalisé si les clients n’apportent pas de dépôts) et les financements structurés. Ces derniers (des financements d’infrastructures, de navires, d’avions…) sont très long terme (or plus la maturité est longue plus ils sont consommateurs de fonds propres). En outre, dans ce domaine, le principe est de créer des structures ad hoc afin de loger l’actif et le financement, aussi les remboursements sont liés aux flux générés par l’activité spécifiquement et non par l’entreprise à l’origine du projet. «Ces financements ont un profil de risque particulier, car ce ne sont pas des financements d’entreprises mais d’actifs, aussi même s’ils sont rentables, ils sont souvent coûteux en fonds propres», précise Raphaël Jacquemard, associé du cabinet au sein des activités Transaction Services. Dans ce contexte, ces activités ne seront d’ailleurs bien souvent pas vendues mais ralenties ou interrompues. Si elles étaient cédées, des fonds de private equity ou des banques asiatiques pourraient se porter acheteurs.
De très faibles parts de marché en Chine
Par ailleurs, en termes de marchés, les pays émergents, qui semblent offrir les plus forts potentiels, ne constituent pas non plus la solution idéale. En Chine et en Inde en particulier, beaucoup de banques occidentales ont cherché à se développer sur la clientèle retail (c’est ainsi que les vingt plus grandes banques chinoises ont toutes un partenaire occidental), mais leurs parts de marché restent très faibles. Les banques étrangères représentent ainsi 1,8% du marché chinois et 7,2% du marché indien, contre 15,4% du marché américain, et même 46% du marché britannique. Ainsi après un fort développement dans ces régions en 2004-2008, la tendance n’est pas encore au retrait mais c’est bien le statu quo qui prédomine. Les opérations de croissance externe sont très limitées, les actifs à vendre n’étant pas légion. Et les opportunités ne semblent pas bien meilleures en Amérique latine, où Raphaël Jacquemard observe que «les banques brésiliennes sont très puissantes, elles comptent même parmi les plus riches au monde, et ne laissent ainsi que peu de place à leurs concurrentes étrangères». Dans une optique très long terme cependant, c’est l’Afrique qui pourrait bien recéler un très fort potentiel. «A un horizon de 20 ans, beaucoup d’acteurs observent les différents marchés africains car ils sont encore très peu bancarisés» analyse l’Associé de KPMG.
L’étude a été finalisée en juillet 2011, mais les événements qui ont affecté le secteur depuis lors n’ont fait qu’amplifier ces tendances : «depuis le deuxième semestre 2011, les banques occidentales ne cherchent plus à se développer hors de leurs frontières. Elles se réorientent sur leurs marchés nationaux, faisant en sorte que la réduction de leurs bilans se fasse le moins possible à leurs dépens. Le développement sur les marchés émergents n’est plus à l’ordre du jour, la question des barrières à l’entrée n’est même plus un sujet» insiste-t-il. Enfin l’enquête réalisée par le cabinet, qui prend également en compte les acteurs des pays émergents, fait apparaître une stratégie comparable de repli sur leurs marchés, mais pour d’autres raisons : «les grandes banques des pays émergents n’ont pas un grand intérêt pour nos régions car les perspectives sont peu favorables et les contraintes règlementaires restent fortes» relève Raphaël Jacquemard.
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