Les banques indiennes découvrent la concurrence dans l'épargne
En annonçant mardi par surprise la libéralisation des taux rémunérant l’épargne, la Reserve Bank of India (RBI) a bouleversé le modèle bancaire du pays. Désormais, les banques indiennes seront libres de fixer le taux qu’elles jugeront adéquat pour rémunérer l’argent des épargnants, alors qu’elles devaient jusqu’ici respecter le niveau fixé par la RBI.
Sans attendre, la banque à capitaux privés Yes Bank a annoncé une hausse de 200 points de base de ses taux, à 6%, contre un taux fixé à 4% auparavant. Son directeur général, Rana Kapoor, a salué la fin de l’ère de la «banque paresseuse», en référence au manque d’efforts des établissements pour attirer la clientèle dans un tel contexte. Sachant que, selon les chiffres de Citi, la moitié de l’épargne indienne est placée sur des supports physiques tels que l’or, cette mesure pourrait inciter les ménages à se tourner davantage vers les banques.
Toutefois, elle devrait avoir des effets négatifs à court terme pour le secteur, ce qui a fait dévisser l’indice bancaire à la Bourse de Bombay le jour-même. «Les banques sont déjà sous pression avec une faible croissance de leurs portefeuilles de prêts et des taux d’intérêts élevés, rappelle Jagannadham Thunuguntla chez SMC Global cité par le Financial Times. «Dans ce contexte, la déréglementation sur les comptes d’épargne est une nouvelle difficulté à intégrer pour le système bancaire.» A 6% de taux moyen anticipé, cette rémunération ferait baisser les résultats du secteur bancaire indien de 12,85%, selon ses calculs, et jusqu’à 50% pour les plus touchées. En priorité les banques publiques, dont les structures sont lourdes et les charges élevées.
En revanche, certains jugent positive cette réforme sur le long terme, la concurrence obligeant les banques à être plus agressives et à améliorer leurs services pour attirer la clientèle. Cela pourrait également ouvrir le marché indien, par ailleurs assez verrouillé, à des établissements étrangers déjà rompus à la concurrence. On pense aux banques très présentes en Asie comme Standard Chartered et HSBC.
Les banques françaises sont a priori moins concernées. Dans un autre métier, le financement de projet, dont l’Inde est le premier marché mondial (énergies, infrastructures), elles se sont déjà résolues à délaisser le pays car leurs concurrentes locales, notamment publiques, cassent les prix.
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