Les banques françaises font le plein de dette subordonnée
Du jamais vu», affirme un témoin. L’émission de dette subordonnée additional tier 1 (AT1) de Crédit Agricole SA (CASA), la structure cotée du groupe, a reçu une demande de 25 milliards de dollars, émanant de 900 investisseurs. Cet engouement a permis à la banque de lever 1,75 milliard de dollars, alors qu’elle avait anticipé une collecte de 1 à 1,25 milliard. CASA pensait pouvoir obtenir un coupon situé entre 8,125 et 8,375% et a finalement décroché 7,875% pour cette dette perpétuelle, assortie d’un call (option de remboursement anticipé) à 10 ans.
Le succès est d’autant plus notable que l’instrument est sophistiqué. Les AT1 peuvent être dépréciés ou convertis en actions si la solvabilité de l’émetteur passe sous un certain seuil («trigger»). Dans le cas présent, ils pourront être dépréciés (write-off), avec toutefois une clause de retour à meilleure fortune (write-up). Le titre émis par CASA compte deux triggers, l’un lié à la structure cotée, qui émet, l’autre au groupe Crédit Agricole auquel s’appliquent les exigences de solvabilité et de liquidité de Bâle 3. Le premier sera activé si les fonds propres durs de CASA sous Bâle 3 descendent sous le seuil de 5,125%, le second si ceux du groupe chutent sous les 7%.
Le succès de cette émission témoigne de l’intérêt des investisseurs internationaux pour le capital hybride des banques européennes, en particulier lorsqu’il est libellé en dollars. La Société Générale a ainsi réuni un carnet d’ordres de 16 milliards de dollars pour son émission AT1 du 11 décembre dernier. Et elle vient de lever 1 milliard de dette Tier 2 (T2) à 10 ans, à 5%. Le 13 janvier, BPCE a émis 1,5 milliard de dollars de T2 à 10,5 ans le 13 janvier, un placement sursouscrit plus de 4 fois. Il offre un rendement de 5,173%.
«L’une de nos priorités est la diversification de notre base d’investisseurs, en proposant d’autres devises que l’euro», indique Roland Charbonnel, directeur des émissions chez BPCE. Les investisseurs nord-américains représentent 68% et les asiatiques 8% des souscripteurs de l'émission de T2. La moitié des investisseurs dans l’émission de CASA vient des Etats-Unis.
En outre, ces produits répondent à la procédure de bail-in prévue par les autorités européennes pour faire participer les créanciers obligataires au sauvetage d’un établissement. «Il s’agit de constituer un coussin de capital réglementaire aussi élevé que possible pour protéger les investisseurs senior unsecured de ce risque», indique Roland Charbonnel. Les titres AT1 permettent en outre de reforcer le ratio de levier réglementaire.
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