Les banques françaises contestent la menace du Livret A sur leurs ratios de levier
L’épargne réglementée continue à faire des remous auprès des banques françaises. Souvent décriée par les banques pour son coût supérieur aux taux de marché, cette ressource va aussi devenir onéreuse en fonds propres à partir de 2018. Selon Reuters, les principales banques françaises ont donc déposé un recours auprès de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) afin de contester le futur mode de calcul du ratio de levier développé par la BCE.
Ces dernières semaines, BNP Paribas, la Société Générale, le Crédit Agricole, BPCE, le Crédit Mutuel et la Banque Postale ont lancé une procédure qui pourrait prendre jusqu’à deux ans, soit mener un an plus tard que l’entrée en vigueur de l’évolution prudentielle. Dans le nouveau schéma, les encours du Livret A, du LDD et du LEP, qui sont centralisés à hauteur de 60% auprès de la Caisse des dépôts, ne seraient plus déduits de l’exposition au risque, le numérateur du ratio de levier.
L’évolution proposée par la BCE marquerait un net changement par rapport aux réglementations en vigueur. Selon l’acte délégué publié par la Commission européenne en octobre 2014, les autorités compétentes peuvent en effet autoriser un établissement à exclure les expositions résultant «de dépôts que l'établissement est légalement tenu de transférer à l’entité du secteur public» et permettant de «financer des investissements d’intérêt général».
Ces changements seraient significatifs pour les banques françaises, puisque les encours centralisés à la fin 2015 auprès de la Caisse des dépôts représentaient 238,2 milliards d’euros, après 243,5 milliards fin 2014. La Banque Postale serait la plus exposée à la nouvelle réglementation : son ratio de levier ressortait à fin 2015 à 5,2% en excluant les dépôts centralisés, et à seulement 3,5% en les incluant. Le ratio de Crédit Agricole SA était lui gonflé de 15 points de base, à 4,6%.
Parallèlement à ces évolutions sur la prise en compte réglementaire de la centralisation, Paris poursuit de son côté le toilettage du mécanisme de surcentralisation régissant les 40% des encours d’épargne réglementée non centralisés d’office à la Caisse des dépôts. Un décret publié le 20 février prévoit une simplification du mécanisme, puisque les banques ne pourront plus opter que pour une surcentralisation «intégrale». Le nouveau cadre pourrait bénéficier au fonds d’épargne de la CDC.
Plus d'articles du même thème
-
Dans le secteur financier, le Brexit a fait moins de perdants que prévu
Le Brexit a cassé le monopole de la City, mais sans vraiment détrôner la capitale londonienne qui conserve une puissance globale au travers de certains marchés clés comme les changes ou les matières premières. Une tendance à la «reconvergence» avec l’UE se dessine. -
La justice française rejette la restitution de retenues à la source sur dividendes pour des « pools » de fonds
La Cour d'appel administrative de Paris a récemment établi une distinction entre les dividendes de sociétés françaises versés aux compartiments d'une Sicav et ceux versés à des « pools » établis au sein d'un de ces compartiments. -
Pour ses cinq ans en France, Klarna veut être considérée comme une banque
Le champion du paiement fractionné suédois a une licence bancaire depuis 2017. Il veut convaincre les Français d'utiliser ses produits bancaires présents sur sa super-app rose.
ETF à la Une
Generali Investments va lancer ses premiers ETF actifs en Europe
- Les méga-IPO sont le dernier signe avant-coureur de bulle spéculative
- La France domine toujours le classement des meilleurs masters en finance
- Le pétrole plonge après l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran
- L’assurabilité climatique refait surface dans l’agenda politique
- Accenture ravive les craintes sur l’IA et enfonce Capgemini dans le rouge
Contenu de nos partenaires
-
Tribune libreFrance–Afrique : la fin du pré carré ?
Lors du sommet Afrique-France « Africa Forward » à Nairobi en mai dernier, le président Macron a affirmé que l’ère du pré carré français en Afrique était terminée, « depuis 2017 c’est fini », s’attribuant en quelque sorte cet état de fait. -
Un train de retardPourquoi les trains et réseau ferré de la SNCF sont peu adaptés aux chaleurs extrêmes
La vague de chaleur qui s’abat sur la France met en lumière l’inadaptation d’une partie du réseau ferré, dont la régénération est au cœur d’une future loi-cadre qui peine à être examinée. -
Tribune libreAnthropic, Starlink... : la souveraineté, c’est la règle, pas le pavillon
Depuis Bodin, la souveraineté désigne moins l’autosuffisance que la capacité de fixer la loi et de la faire respecter