Les banques européennes font massivement appel aux marchés
Augmentation de capital massive d’Unicredit(13 milliards d’euros), de Deutsche Bank (8 milliards), Credit Suisse (3,7 milliards), introduction en bourse d’Allied Irish Banks (3,4 milliards)… au cours du seul premier semestre 2017, les banques européennes ont multiplié les émissions d’actions et autres appels au marché sous forme d’introduction en bourse. Au point de faire exploser les statistiques. Et le mouvement a tout l’air de vouloir se poursuivre.
33 opérations en six mois
Selon Dealogic, les montants levés en ECM (Equity Capital Market) par le secteur bancaire ont atteint 38,3 milliards d’euros en Europe, depuis le premier janvier 2017, avec 33 opérations. Un montant 6 fois plus plus élevé qu’au premier semestre 2016, et supérieur de 67% à la moyenne des dix dernières années (s’agissant toujours des six premiers mois).
Il faut en fait remonter à 2008 pour trouver de tels volumes, quand les banques faisaient appel au marché dans l’urgence. Sur l’ensemble de l’année 2017, il y a fort à parier que ce constat d’un recours imposant aux investisseurs sera confirmé. Les volumes des années 2010 à 2012 et de 2016 sont déjà dépassés, en l’espace d’un seul semestre, ceux des années 2013 à 2015 sont approchés, alors même que de nouvelles opérations s’annoncent pour les mois à venir.
Ainsi, Santander a prévu de lever 7 milliards d’euros, l’Etat néerlandais vient d’annoncer sa volonté de mettre sur le marché 7% du capital d’ABN Amro. Autre exemple : Raffeisen Bank a informé ce jeudi les investisseurs d’une prochaine cession de 15% de sa filiale polonaise, à la demande des autorités. Une opération d’un montant de 1,5 milliard d’euros. Du coup, les banques occupent une place majeure sur le marché primaire actions. 30% des émissions de titres en Europe, depuis le premier janvier, ont concerné des établissements bancaires. Une proportion inconnue depuis 2011.
Le phénomène est strictement européen. Aux Etats-Unis, le marché est atone depuis 2011. Les banques n’ont émis que 3,4 milliards d’euros d’actions au premier semestre. L’Afrique bouge, les établissements bancaires revenant vers les investisseurs après des années de quasi-absence, mais avec des volumes qui ne sont évidemment pas comparables à ceux de l’Europe (2,6 milliards d’euros au premier semestre pour le continent africain).
Singularité européenne
Comment expliquer cette singularité européenne ? Elle tient d’abord à des conditions de marché favorables. La meilleure valorisation des banques, avec un rapport entre leur prix de marché et leur «book value» plus élevé, facilite les levées de fond, souligne Ribeirinho Nelson, analyste chez Natixis.
Mais, à rebours de la théorie économique, ces appels massifs aux investisseurs ne sont pas vraiment porteurs de croissance. Si les banques européennes vont vers le marché, ce n’est pas pour financer l’augmentation de leurs activités, ou pour réaliser des investissements. Il s’agit plutôt de faire face à des obligations réglementaires. UniCredit a levé des fonds pour compenser ses pertes abyssales de 2016 et se mettre en règle avec les exigences de capital. Même objectif de conformité pour Deutsche Bank ou Credit Suisse, qui voulait seulement faire remonter son ratio de capital «dur» à 13,4%.
Ou alors, l’objectif est d’absorber d’autres banques. L’augmentation de capital massive de la banque espagnole Santander permettra de financer la reprise de Banco Popular.
Rien à voir avec les banques américaines, qui ont fait massivement appel au marché en 2008 et 2009 pour restaurer leur bilan, et sont depuis largement assainies, au point d’accroître fortement leurs dividendes et leurs rachats d’actions.
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