Les banques britanniques évitent la scission

La Commission bancaire indépendante propose de filialiser les activités de marché et de réseau
Antoine Landrot

Le rapport intérimaire de la Commission bancaire indépendante britannique portant sur la réforme du système financier local était attendu avec une certaine appréhension par la profession. Celle-ci craignait notamment qu’il demande la scission pure et simple des activités de marché et de banque de détail en deux sociétés distinctes. Le secteur semble y avoir échappé. «Dans l’ensemble, la commission a retenu une option à moindre coût pour les banques», reconnaissent les stratégistes crédit de BNP Paribas.

Une piste intermédiaire, entre le scénario radical et le statu quo, a été privilégiée. «Des solutions permettraient de maintenir la présence de banques universelles au Royaume-Uni tout en évitant les conséquences [d’un accident]. Cet objectif peut être atteint en isolant les activités de détail exercées sur le territoire britannique dans une filiale à capitaux séparés. D’autres restrictions pourraient être appliquées, comme la limitation des liens financiers avec le reste de l’établissement», indique le rapport.

Ainsi, estiment ses rédacteurs, sauver ces banques serait moins coûteux et le système financier britannique pourrait absorber les «chocs» plus efficacement. Cette solution protégerait également les aides publiques éventuelles: elle pousserait les actionnaires, les dirigeants et les prêteurs à la vigilance, ceux-ci n’ayant pas la certitude d’être sauvés par les contribuables.

Par ailleurs, la commission est favorable à un ratio de fonds propres sur les actifs pondérés d’au moins 10% pour les principales banques de détail au Royaume-Uni, soit une surcharge de 3 points par rapport au minimum requis par Bâle 3. Le pays «deviendra ainsi le 4e marché bancaire européen avec une régulation plus stricte que leurs homologues en termes de ratios core Tier one, après le durcissement en Suisse, Suède et Espagne», se réjouissent les analystes crédit de Tullett Prebon.

La commission énonce également des propositions pour faciliter la concurrence entre établissements. Si elle a la main lourde pour Lloyds Banking Group, elle ne souhaite pas affaiblir les grands groupes britanniques comme HSBC ou Barclays sur la scène internationale. Ces dernières auraient été les plus affectées par une scission – elles avait d’ailleurs menacé de déménager leurs sièges à New York ou Hong Kong le cas échéant. Le rapport estime que le coût des propositions pour le secteur serait nettement inférieur aux 12 milliards de livres calculés plus tôt par certains consultants.

En conséquence, les réactions, jusqu’à celle du ministre des finances George Osborne, sont dans l’ensemble favorables – alors que Sir John Vickers, le responsable de la commission, rejette toute accusation de complaisance.

Ce rapport transitoire est soumis à consultation jusqu’au 4 juillet. Sa version finale sera rendue en septembre. «Il ne fait pas de doute que la Commission va agiter la menace d’une réforme en profondeur pour encourager les banques à coopérer. D’un autre côté, l’expérience montre que les longues périodes de consultation accouchent plus souvent d’évolutions que de révolutions», reconnait l’International Centre for Financial Regulation, qui craint toutefois qu’une surcharge en capital pour les réseaux ne se traduise par une surcharge pour les clients.

{"title":"","image":"76961»,"legend":"banques Royaume-Uni parts de march\u00e9s»,"credit":""}

Un évènement L’AGEFI

Plus d'articles du même thème

ETF à la Une

Contenu de nos partenaires

A lire sur ...