Les banques américaines paient le prix de la guerre en Ukraine
Les résultats trimestriels de JPMorgan mercredi avaient donné le ton. La première banque américaine a publié un bénéfice net en baisse de 42% à 8,28 milliards de dollars. Une annonce automatiquement sanctionnée en Bourse. La cause de ce décrochage : une importante provision de 902 millions de dollars, destinée à couvrir son exposition à la Russie et au contexte macro-économique incertain créé par la guerre en Ukraine.
Le conflit coûte également cher à Citigroup qui a publié ce jeudi un résultat net en baisse de 46%, à 1,9 milliard de dollars, plombé par une provision de 1,9 milliard de dollars destinée à couvrir les défauts de crédits que pourrait entraîner le conflit à l’est de l’Europe. Tandis que JPMorgan est fortement exposée à la Russie via sa banque de financement et d’investissement, ce qui pourrait lui coûter à terme 1 milliard de dollars, Citi dénote dans le paysage bancaire américain car elle est très présente dans le pays dirigé par Vladimir Poutine via sa banque de détail. L’invasion de l’Ukraine en février l’a d’ailleurs poussée à accélérer son retrait du pays, alors qu’elle a engagé une réduction de la voilure sur son activité de retail à l’international pour se concentrer sur la banque privée. Citi indique avoir ramené à ce jour son exposition à la Russie à 7,8 milliards de dollars, contre 9,8 milliards en fin d’année dernière.
Goldman Sachs résilient
Au cours de ce « trimestre turbulent dominé par l’invasion dévastatrice de l’Ukraine », selon les mots de son PDG David Solomon, Goldman Sachs a joué la carte de la « résilience ». La banque d’affaires, qui voit son bénéfice net reculer de 42% à 3,94 milliards de dollars, n’a pas souffert de la même décote boursière que sa concurrente JPMorgan. L’annonce de ses résultats a, au contraire, été saluée à Wall Street, le titre prenant 3,4% à l’ouverture. Avec un résultat de 10,76 dollars par action, la banque surpasse, en effet, le consensus des analystes interrogés par Bloomberg qui tablaient sur 8,90 dollars par action.
Si Goldman Sachs fait mieux qu’attendu, c’est surtout grâce aux activités de marché qui ont surpassé les attentes. Le revenu de l’activité de trading est en hausse de 4% à 7,9 milliards de dollars, tandis que les analystes pariaient sur une baisse de 23%. Cette dynamique provient surtout de l’activité de taux (fixed income), le revenu du trading d’obligations et de matières premières gagnant 21%, à 4,7 milliards de dollars.
Le trading résiste
La volatilité générée par la guerre en Ukraine a eu des conséquences inattendues, difficiles à prédire y compris par les analystes les plus avertis. Tous les métiers de la banque de financement et d’investissement ne sont pas logés à la même enseigne. Victime de l’attentisme sur les projets d’introduction en Bourse (IPO) et d’un ralentissement des transactions, la banque d’investissement voit son revenu décrocher : -28% pour JPMorgan, -36% pour Goldman Sachs, -37.5% pour Morgan Stanley et - 43% pour Citi. En revanche, les traders des banques américaines ont créé la surprise en dégageant des revenus supérieurs aux attentes. Jane Fraser, la patronne de Citi, a d’ailleurs voulu féliciter ses équipes de trading qui ont « plutôt bien navigué » dans un «environnement géopolitique et macroéconomique volatil». Citi limite la casse, le revenu de son activité de trading affichant une baisse de 3,8% seulement, à 1,53 milliards de dollars.
Mercredi, déjà, JPMorgan avait annoncé la tendance, ses activités de trading dépassant les attentes. Le fixed income (taux) a enregistré un revenu de 5,70 milliards de dollars, contre 4,68 milliards attendus. Le trading actions a, quant à lui, généré un revenu de 3,06 milliards de dollars, contre 2,56 milliards attendus. Morgan Stanley a, de son côté, vu le revenu de son trading actions augmenter de 10%. Une performance à relativiser toutefois, si l’on tient compte de la perte générée au premier trimestre 2021 par l’implosion du fonds Archegos Capital Management qui l’avait forcée à liquider ses positions.
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