Les banques affrontent les dangers du cloud
Une absence remarquée. La Place financière de Paris a mené mi-juin une simulation de risque cyber ayant permis de « tester avec succès les dispositifs de gestion de crise de la Place », a révélé en fin de semaine dernière la Banque de France. Piloté par cette dernière, l’exercice a mobilisé plus de 800 personnes dans les établissements concernés pour « éprouver la réactivité et l’organisation des membres ainsi que la coordination de la Place et de ses quatre cellules de crise (liquidité, fiduciaire, cyber-IT et communication de crise) ». Mais «la technologie cloud n’a pas été touchée par le scénario de cet exercice », explique l’institution à L’Agefi, alors même qu’un rapport sur le sujet du Haut Comité juridique de la place financière de Paris (HCJP) mené avec les banque françaises adhérentes de la FBF pointe les dangers inhérents à la transformation du secteur par cette technologie.
Le cloud, qui permet une gestion informatique standardisée et automatisée à l’aide d’un prestataire de services, gagne en effet les grands groupes bancaires, à l’image de Deutsche Bank ou HSBC qui se sont alliés à Google Cloud et Amazon Web Services pour le déployer. « Les enjeux de sécurité des infrastructures de cloud résonnent actuellement de manière plus concrète compte tenu des nombreux événements faisant l’actualité », admet le HCJP, en faisant référence à la fuite de données massives de 100 millions de clients américains ayant touché la banque Capital One en 2019 ou encore à l’incendie chez OVHcloud en mars. Une référence d’autant plus pertinente que l’incident a entraîné une fuite de données chez Axa et qu’OVH travaille depuis longtemps avec la Société Générale ainsi que « d’autres clients bancaires ». Si le rapport relate que « les banques sont certainement parmi les secteurs les plus sensibilisés et matures quant au niveau de protection exigé », le responsable de la sécurité informatique d’une grande banque française souffle à L’Agefi que l’aspect réglementaire est en retard dans le domaine.
Le problème de l’extraterritorialité
Cette limite résonne avec les autres défis que pose le Cloud. La structure oligopolistique de ce marché entraîne une inversion de la relation traditionnelle de pouvoir entre le client et le prestataire. Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google et Alibaba détiennent à eux seuls 61% du marché mondial des services de cloud qui est passé de 17,4 milliards de dollars en 2009 à 257 milliards en 2020 selon le cabinet Gartner. Au-delà des problèmes de concurrence, les acteurs peuvent se trouver en situation de faiblesse pour imposer les exigences juridiques, ouvrant un problème de conformité. « Or l’absence ou le défaut de conformité de certaines clauses dans les contrats d’externalisation de prestations de services ou d’autres tâches opérationnelles essentielles ou importantes expose les banques à un risque de sanction administrative, voire de mise en jeu de leur responsabilité, notamment à l’égard de leurs clients », estime le rapport.
Surtout, l’absence de leader européen dans le domaine pose la question de la souveraineté des données. Ainsi, l’extraterritorialité des lois américaines, avec le Cloud Act par exemple, permet de récupérer les données des clients de ces prestataires de services et entre en conflit avec le règlement général sur la protection des données (RGPD) en France. « La possibilité d’accès dans l’UE à des données de citoyens européens par des autorités américaines ne peut pas être exclue », admet le rapport.
Le défi réglementaire
Des réponses s’organisent. La Commission européenne a notamment lancé un projet de règlement sur la résilience opérationnelle numérique dans le secteur financier (Dora) qui englobe les prestataires de cloud. Il s’articule autour d’obligations applicables pour les établissements financiers traitant avec ces prestataires, notamment pour mieux maîtriser le risque, et d’une surveillance de ces tiers considérés comme critiques. « Un changement de paradigme doit s’opérer », appuie le HCJP, qui souligne que le risque est désormais lié à la dépendance à de tels acteurs.
En France, si l’enjeu sécuritaire a été pris en compte par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) dès 2010, la volonté est de mêler souveraineté et sécurité. En mai, le gouvernement a présenté une stratégie nationale pour le cloud reposant sur un label de confiance pour les prestataires, une modernisation de l’Etat dans le domaine et un milliard d’euros du plan de relance dédié au sujet. Des efforts éloignés du milieu bancaire, qui regarde plutôt du côté de l’initiative Gaia X lancée en 2019 avec l’Allemagne. Censée concurrencer les Gafam, elle vise à créer une « infrastructure européenne des données » via une entité de gouvernance édictant des grands principes, notamment de sécurité. OVHcloud, membre fondateur, y est le français le plus important. Il reste toutefois un petit acteur mondial avec 1% des parts de ce marché, et des services concernant l’infrastructure et les plateformes, mais pas l’édition de logiciels.
Plus d'articles du même thème
-
Tim Cook annonce son départ d’Apple
L’emblématique président-directeur général d’Apple sera remplacé par John Ternus dont le nom circulait déjà depuis plusieurs semaines. -
OPmobility maintient ses objectifs malgré la chute de ses revenus
L'équipementier automobile a enregistré une baisse de son chiffre d'affaires de plus de 6% au premier trimestre 2026. Les dirigeants visent toujours une hausse de la marge opérationnelle, du résultat net et du flux de trésorerie disponible cette année. -
Les retards de paiement sont soumis au crash test de la facture électronique
Ellisphere note un repli du retard moyen à 15,3 jours en France au premier semestre. Une tendance qui reste fragile.
ETF à la Une
UniCredit lance ses premiers ETF en partenariat avec BNP Paribas AM
- HSBC va revoir sa politique de télétravail en France d’ici l’été
- La banque Delubac taille dans ses effectifs pour faire face à des difficultés financières
- TotalEnergies annonce la couleur avant ses résultats trimestriels
- Lunettes connectées : le pari à haut risque d'EssilorLuxottica
- L'entrée en relation bancaire numérique embarrasse les réseaux traditionnels
Contenu de nos partenaires
-
Prix de l’énergie : les mesures d'aides aux entreprises vont se « poursuivre en mai », indique Roland Lescure
Alors que les prix du carburant ont flambé en raison de la guerre au Moyen-Orient, le ministre de l’Economie, Roland Lescure, indique que Sébastien Lecornu doit faire de nouvelles annonces « en fin de journée » -
Apple : Tim Cook va quitter la direction du groupe début septembre
Tim Cook va passer la main à John Ternus, responsable des produits physiques (de l’iPhone au Mac), début septembre et va devenir président du conseil d’administration de la firme à la pomme -
Immigration: Bruno Retailleau veut mettre l'Espagne « au ban des nations européennes »
Paris - Le candidat de LR à la présidentielle, Bruno Retailleau, veut «mettre à ban des nations européennes» l’Espagne du Premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, après son annonce de régularisation massive de près d’un demi-million de sans-papiers pour soutenir l'économie de son pays. A rebours du durcissement migratoire observé dans une grande partie de l’Europe, l’Espagne a lancé il y a une semaine un vaste plan de régularisation de sans-papiers. «On ne peut pas supporter la régularisation massive telle que M. Sanchez la fait», a affirmé sur LCI le patron des Républicains qui craint que les immigrés qui obtiennent des papiers en Espagne ne traversent ensuite la frontière pour rejoindre la France. Considérant la décision du gouvernement de centre gauche espagnol «contraire à l’esprit européen», il a promis de «rétablir les contrôles aux frontières», assurant que la France était autorisée à adopter ce genre de mesure en cas de «crise». «Je mettrais (l’Espagne) au ban des nations européennes», a ajouté l’ancien ministre de l’Intérieur. Pour imposer cette mesure, le patron de LR compte sur les pays européens qui sont «en majorité» dirigés par la droite. «Heureusement aujourd’hui l’Europe a changé», a-t-il estimé. L’Espagne est l’une des trois principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, avec l’Italie et la Grèce, majoritairement via son archipel des Canaries, au nord-ouest de l’Afrique. © Agence France-Presse