L’encombrement des actifs bancaires devient un motif d’inquiétude
Asset encumbrance: les investisseurs vont devoir apprendre à vivre avec ce nouveau risque. Cet «encombrement des actifs», qui désigne la part du bilan d’une banque faisant l’objet d’une garantie au profit de créanciers privilégiés, a pris une importance croissante depuis le début de la crise.
Au point que le très discret Conseil européen du risque systémique (ESRB), lors de sa dernière réunion du 20 décembre, s’est penché sur ce changement structurel, le plaçant au même rang de priorité que la réforme des fonds monétaires en Europe.
Deux facteurs expliquent la montée en puissance de l’asset encumbrance. Dans la foulée de la crise financière, et notamment lorsque le marché de la dette senior non sécurisée était grippé, les banques ont multiplié les émissions d’obligations sécurisées par des actifs à leur bilan. La BCE a par ailleurs joué un rôle central en 2012 dans le refinancement des banques, en injectant 1.000 milliards d’euros de liquidités à 3 ans à l’occasion de ses deux opérations de LTRO.
Des liquidités garanties par un montant supérieur d’actifs que les établissements de crédit ont apporté à la banque centrale comme collatéral. Résultat, les créanciers seniors non sécurisés se retrouvent de fait au rang de créanciers subordonnés.
«Les investisseurs deviennent de plus en plus concernés par les risques d’un encombrement excessif, qui implique la subordination des autres créanciers avec les conséquences à attendre en termes de remboursement en cas de liquidation», écrit l’ESRB. Pour l’organisme créé en décembre 2010 et rattaché à la BCE, «l’accès futur aux marchés non sécurisés et l’appréciation correcte du risque pourraient en conséquence s’avérer plus difficile». Dernier écueil, «l’encombrement des actifs tend à être procyclique, puisque les demandes de collatéral augmentent en période de stress».
Dans une étude publié fin novembre, Stéphane Le Priol et Jean-David Cirotteau, analystes à la Société Générale, estimaient à 20% environ le niveau moyen d’encombrement chez les principales banques en Europe. «Pour le moment, nous ne pensons pas que l’asset encumbrance constitue une menace pour les investisseurs comme pour les émetteurs, relèvent les deux experts. Cependant, les agences seront forcées tôt ou tard d’incorporer ce critère dans leurs notations».
D’après leurs calculs, ABN Amro, Commerzbank, ING, Lloyds et Swedbank seraient les plus exposées à une dégradation.
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