Le respect de Solvabilité II conduira à la cession de certaines activités
Grâce à une «mobilisation très importante», qui ne saurait d’ailleurs s’éteindre au 1er janvier 2013 avec l’entrée en vigueur de Solvabilité II, les acteurs du secteur de l’assurance en France restent sereins quant à leurs capacités à respecter le calendrier imposé par la mise en conformité à cette réforme prudentielle européenne majeure. C’est ce que laissent transparaître les résultats de l’enquête menée, entre mai et septembre, par la société de conseil en actuariat et gestion des risques Optimind, en partenariat avec Dii, auprès de diverses directions d’une trentaine d’assureurs, réassureurs, mutuelles et institutions de prévoyance.
Certes, comme le souligne Pierre Richert, directeur financier du Groupe Agrica, la réforme est « un nouvel outil devant conduire à une optimisation du pilotage de l’entreprise» et qui propose «un cadre prudentiel utile, là où Solvabilité I apportait peu de valeur ajoutée aux assureurs». Mais si 90% des personnes interrogées expriment une telle confiance, l’étude relève que la moitié exactement du panel envisage un respect des règles «a minima, avec des évolutions programmées au-delà de 2013».
L’attention portée au projet passe pour trois sociétés sur quatre par le recrutement de ressources humaines dédiées. Mais 64% estiment leurs besoins à cinq personnes au maximum. Quand bien même le budget financier reste bien délicat à évaluer, Pierre Richert regrette toutefois que le coût de la réforme soit «susceptible de s’avérer pénalisant pour certains acteurs».
Surtout, les spécialistes français de l’assurance apparaissent conscients des changements inévitables à venir dans leur modèle de développement, induits avant tout par la baisse de rentabilité de certaines activités. Cette nécessaire «redéfinition significative des produits et des stratégies de prise de risque» selon Optimind incite 60% des répondants à juger «inévitable» la cession de certaines activités afin de pouvoir respecter les nouvelles exigences réglementaires. Les assureurs en particulier «envisagent des impacts très défavorables sur la rentabilité de l’activité épargne-retraite», qui pourraient les contraindre à se désengager des marchés actions. Les acteurs de l’assurance sont également «préoccupés» des impacts sur le marché de la santé, d’autant plus au regard en France d’un système obligatoire public «en difficulté».
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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