Le projet de système de paiement interbancaire européen est sur les rails
Seize grandes banques de la zone euro viennent de donner le coup d’envoi du projet de paiement interbancaire européen EPI (European Payments Initiative, ex-Pepsi). Dans un communiqué commun, publié ce jeudi après-midi, elles ont dit entamer la mise en œuvre de ce futur système. La presse se faisait l’écho depuis quelques jours de son lancement imminent, alors qu’il avait été esquissé en février 2019, avec le soutien de la Banque Centrale Européenne (BCE) ainsi que par la Commission européenne (CE), et promis pour fin mars 2020 – mais ralenti par le début de la pandémie du Covid-19.
Il regroupe à ce jour, comme attendu, seize banques de cinq pays européens, dont les françaises (BNP Paribas, Groupe BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, La Banque Postale et la Société Générale), Deutsche Bank, DZ Bank, et Commerzbank en Allemagne, Santander en Espagne, Intesa Sanpaolo et UniCredit en Italie, ING aux Pays-Bas, KBC en Belgique, Caixa Bank au Portugal.
Pour autant, les membres fondateurs invitent «d’autres prestataires de services de paiement à rejoindre l’initiative EPI», jusque à la fin de 2020.
Première étape, une société intérimaire sera créée «dans les prochaines semaines» à Bruxelles, en Belgique, précise le communiqué. Elle «définira des livrables clairs», dont la feuille de route et le lancement des travaux de mise en œuvre. «Les réalisations de cette société intérimaire seront évaluées par chaque banque». EPI devrait être lancé en 2022.
Nouveau standard d’interbancarité européen
L’objectif : créer un nouveau standard d’interbancarité européen pour traiter les paiements par carte, mais aussi les virements, et les paiements instantanés ou mobiles. Et ce en évitant les réseaux (schemes) américains Visa ou MasterCard – qui ne sont jamais cités nommément dans le communiqué. «L’ambition est de créer une solution de paiement paneuropéenne unifiée s’appuyant sur les paiements instantanés / SEPA Instant Credit Transfer», précisent les membres fondateurs français dans un communiqué commun. Ce qui confirme que le système européen de paiement instantané TIPS (Target instant payment settlement),lancé fin 2018 par la BCE, sera conservé.
Cette solution a vocation à s’imposer tant auprès des consommateurs que des commerçants, «pour tous les types de transactions, y compris en magasin, en ligne, pour les retraits d’espèces et le P2P», ainsi que dans les schemes de paiement internationaux. «Ils créent une solution de paiement commune avec une marque européenne, qui devra obtenir la confiance des consommateurs», indiquait récemment à L’Agefi Christophe Vergne, responsable des solutions paiement chez Capgemini Global Financial Services.
Via le projet EPI sera proposée une carte bancaire «aux consommateurs et commerçants à travers l’Europe», un portefeuille numérique (wallet), et des solutions de paiement «peer-to-peer», poursuit le communiqué.
Souveraineté monétaire européenne
En annonçant aujourd’hui l’accélération de ce chantier, les organes bancaires européens profitent de l’aura retrouvée de la BCE, qui a réussi à monter un ambitieux programme de sauvetage économique, mi-mars, face à la crise liée au Covid-19. La Banque centrale a elle-même salué ce lancement d’une solution de paiement commune dans un communiqué.
Il s’agit aussi de retrouver la souveraineté européenne dans les paiements, face aux grandes ambitions des nouveaux acteurs, en particulier «big tech» américains, tels Apple (qui a déjà lancé Apple Pay), Amazon et Facebook – ce dernier a annoncé il y a un an son propre projet de cryptomonnaie, le Libra, accueilli très fraîchement par les banquiers centraux et des régulateurs, remettant en cause la souveraineté des banques centrales dans le paiement.
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