Le levier des banques devient la priorité du Comité de Bâle
Focalisées depuis deux ans sur les effets du futur ratio de liquidité à 30 jours, les banques voient s’ouvrir un nouveau front à Bâle: le ratio de levier. Stefan Ingves, président du Comité de Bâle, a confirmé hier que le leverage ratio sera la priorité en 2013 de l’institution qui élabore les normes internationales du secteur. «Notre plan est que le travail sur le ratio de levier – largement dédié à la spécification détaillée du dénominateur du ratio – soit achevé en grande partie cette année», a indiqué hier celui qui est aussi gouverneur de la Banque de Suède.
Le ratio de levier mesure le simple rapport entre les fonds propres d’une banque et le total de son bilan. L’idée serait de le plafonner. La mesure est déjà utilisée aux Etats-Unis, avec une limite à 3% pour les grandes banques. En Europe, et notamment en France, les banques vilipendent cet indicateur à plusieurs titres. Son mode de calcul néglige les différences comptables de part et d’autre de l’Atlantique. Les banques américaines, qui portent à leur bilan leurs positions dérivées en valeur nette et non en valeur brute comme dans les normes IFRS, minorent ainsi leur levier. Le leverage ratio méconnaîtrait aussi le degré de risque des bilans bancaires – en France, par exemple, le crédit immobilier pèse lourd dans les encours mais affiche un faible taux de défaut. Un risque que permettent d’apprécier les ratios de solvabilité de Bâle.
Ce dernier argument perd cependant de sa force à mesure que les critiques enflent sur la manière dont les banques calculent, à partir de modèles internes, leurs actifs pondérés par le risque (RWA) et donc leurs besoins en capital sous Bâle. Les régulateurs ont déjà publié plusieurs études montrant à quel point ces calculs sont variables et opaques. Le Comité de Bâle a mené l’exercice sur les actifs de trading de grandes banques en relevant des pondérations allant de 1 à 8, et doit rendre un second rapport sur les banking books au mois de juin.
L’idée d’une mesure simple comme le ratio de levier, moins sujet à manipulation, gagne donc en vigueur. «Au départ, les banques ne l’ont pas vu comme un grand danger, ou comme une priorité pour leur lobbying, parce que sa mise en œuvre dans l’Union européenne paraissait moins probable que d’autres pans de Bâle 3», estime l’eurodéputé Philippe Lamberts, artisan du récent compromis sur CRD 4, interrogé par Bloomberg. Cette fois, le danger se précise.
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