Le gouvernement passe en force sur le fichier positif
Le serpent de mer ressurgit et ce n’est cette fois pas une chimère. Dans son discours de clôture de la conférence nationale contre la pauvreté hier, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a officialisé la volonté du gouvernement de créer un registre national des crédits aux particuliers, autrement dit un fichier positif. «Cette création sera incluse dans le projet de loi sur la consommation qui sera présenté en début 2013», a-t-il indiqué. Objectif: prévenir le surendettement.
La déclaration a surpris le monde du crédit à la consommation – premier mis en cause. Ses principaux acteurs, banques ou filiales de banques, y sont hostiles, comme la plupart des associations de consommateurs. D’autant plus qu’en septembre, Benoît Hamon, ministre délégué à la consommation, avait indiqué n’y être «pas très favorable». Mais le même ministre indiquait deux mois plus tard que le gouvernement réfléchissait à sa réalisation. Il avait le soutien de François Soulage, président du Secours catholique.
Mais son groupe de travail sur l’inclusion bancaire n’avait pas repris cette proposition dans son rapport remis aux ministres la semaine dernière en prévision de la conférence. Beaucoup de députés, en revanche, y sont très favorables. «Parce que c’est une mesure simple à expliquer aux électeurs», persifle un opposant.
Plusieurs associations, comme la Fédération bancaire française estiment que ce fichier est inefficace, citant l’exemple de la Belgique qui l’a instauré dès 2003: les cas de surendettement y ont progressé de 48% entre 2006 et 2010, contre une progression de 28,5% en France. «Se pose d’abord la question de l’identifiant personnel et de la gestion des homonymes, très compliqués techniquement, ajoute Maxime Chipoy, chargé d’études banques au sein de l’UFC-Que Choisir. En outre, la Banque de France n’envisage pour l’instant pas de mise à jour d’un tel fichier en temps réel: or, le principe même du crédit renouvelable – en grande partie responsable du surendettement – est d’être utilisable à tout moment.»
Le législateur a en effet du pain sur la planche: il devra en plus régler l’épineux sujet de l’accès à ce fichier, ainsi que les informations à inclure, pour qu’il ne devienne pas un instrument de prospection commerciale. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) sera un gendarme difficile à amadouer. L’Allemagne réfléchit déjà à inclure les dettes téléphoniques dans l'établissement de son fichier positif.
Plus d'articles du même thème
-
Le mois de juin, véritable crash test de la réforme de la facturation électronique
Selon le baromètre Generix, près de 9 entreprises sur 10 considèrent ainsi qu’elles seront certainement ou probablement prêtes au 1er septembre 2026. Seules 10,5% déclarent encore qu’elles ne seront pas sur la ligne de départ. -
L’émission inaugurale de HelloFresh baisse dans les premiers échanges
L’obligation émise par le spécialiste des repas livrés à domicile chute sur le marché secondaire après avoir reçu une faible demande. Les investisseurs se montrent de plus en plus prudents. -
Carlsberg prépare la mise en Bourse de sa filiale indienne
L’opération, réalisée sous forme confidentielle, pourrait s’élever à 700 millions de dollars en incluant la cession de titres existants.
ETF à la Une
KBC AM dévoile trois ETF Ucits
- Scor indemnisera Covéa à hauteur de 488,3 millions de dollars dans le cadre d'une procédure d'arbitrage
- Kering se retrouve sous pression en Bourse avec la montée des doutes d'analystes
- Schneider Electric, Saint-Gobain, L'Oréal : trois modèles d'ambitions du CAC 40 en Inde
- La finance italienne pourrait perdre l'un de ses principaux investisseurs
- Les cinq motifs d’inquiétude sur la bulle IA
Contenu de nos partenaires
-
TribuneIA dans la banque : le grand saut — par Niccolo Ubertalli
Alors que la banque mondiale mise sur l’IA générative pour révolutionner ses services, la France accuse un retard stratégique inquiétant face aux géants américains et asiatiques -
Repas à un euro pour tous les étudiants : mal budgétisée, la réforme « met en danger les Crous »
Depuis début mai, tous les étudiants peuvent bénéficier du repas à 1 euro au Crous. Une mesure populaire, mais aux effets contre-productifs, selon un rapport parlementaire porté par le député Charles Sitzenstuhl -
A grands fraisL'effet boule de neige peut-il emporter la dette française ?
La France peut-elle perdre la maîtrise de sa dette ? La question est de plus en plus brûlante, au point qu’un député RN a décidé de consacrer un rapport à « l’effet boule de neige ».