La première victime de ce rapprochement est Banco BPM, dont le cours a chuté de plus de 3% hier. Et ce même si Carlo Cimbri, le directeur général d’Unipol, premier actionnaire de BPER Banca, avec 19% du capital, a déclaré le 20 novembre dans la presse italienne qu’un rapprochement entre BPER et BPM serait «fascinant». Cela quelques semaines après que BPER, a récupéré 532 agences du groupe formé par Intesa et UBI afin que les autorités de concurrence ne s’opposent pas à leur fusion. Aujourd’hui, BPM, à qui l’on avait prêté des velléités de rapprochement avec Intesa avant que celle-ci ne mette la main sur UBI, apparaît isolée.
Monte Paschi, privatisation difficile
En revanche, l’opération du Crédit Agricole n’a pas eu d’incidence sur l’action Monte Paschi (MPS) pour laquelle l’Etat italien cherche toujours un repreneur. Sur ce dossier, la banque UniCredit a été de nombreuses fois citée, même si Jean-Pierre Mustier, son directeur général réfute toute discussion avec le gouvernement italien. Le rapprochement entre les deux structures n’est pas facilité car MPS reste toujours sous le coup d’une série de litiges juridiques, et aussi parce que la nationalité française du patron d’UniCredit fait réagir les partis populistes sur une prétendue perte de souveraineté de MPS en cas de rachat.
Les rumeurs de rapprochement ont aussi concerné Mediobanca, la plus grande banque d’affaires italienne, qui aurait voulu prendre le contrôle de Banca Generali, la banque privée de l’assureur éponyme, avant d’y renoncer.
Dans cet environnement mouvant, l’opération entre le Crédit Agricole Italia et Creval montre, si besoin était, que la concentration des banques italiennes est loin d’être terminée. Elle a aussi prouvé que les investisseurs voyaient d’un bon œil de tels rapprochements et que des opérations de rachat transfrontalières pouvaient très bien avoir lieu, à condition de passer par des filiales locales qui permettent de dégager des synergies.
A la suite de cette annonce, le cours de Crédit Agricole SA a progressé de plus de 2%. Ce bon accueil des marchés tient notamment à la faible incidence de l’opération sur les comptes du groupe. Le Crédit Agricole estime son impact financier à seulement 20 points de base sur son ratio de fonds propres durs (CET1), qui se montait à 12,4% en septembre 2020. Et cela en restant très prudent sur les hypothèses prises en compte. Ce coût ne prend en effet pas en compte l’utilisation des écarts d’acquisition négatifs (badwill), qui sont d’environ un milliard d’euros, a confirmé Jérôme Grivet, le directeur général adjoint de Crédit Agricole SA en charge des finances lors d’une réunion avec les analystes. Ils pourraient servir à couvrir davantage des prêts non performants de Creval et financer une partie du coût de l’intégration.
Cette évaluation ne prend pas non plus en compte les possibles aménagements de la loi italienne, qui, en vue de faciliter les rapprochements bancaires, permettraient, selon la presse locale, de transformer les actifs d’impôts différés (deferred tax asset, DTA) en crédits d’impôts. Selon certains analystes, cela permettrait de réduire le prix d’achat de Creval de 300 millions d’euros.
Sur le plan opérationnel, avec les 355 agences de Creval qui s’ajoutent aux 872 dont dispose déjà le Crédit Agricole Italia, la banque passe de 3,5% à 5% de parts de marché au niveau national. Dans le nord de l’Italie, le poids du Crédit Agricole passerait de 3% à 6%. L’intégration de Credito Valtellinese générera des synergies, d’autant que Crédit Agricole Italia, bâti autour de Cariparma, a déjà prouvé sa capacité à intégrer des structures avec ses acquisitions en 2017 de trois caisses d’épargne, à Cesena, Rimini et San Miniato.
Finalement, cette opération, quasi transparente pour le bilan du Crédit Agricole, ne l’empêcherait pas de continuer son développement en Italie. Tout juste peut-elle retarder d’autres acquisitions.
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