Le Crédit Agricole charge la barque de ses provisions sur la Russie
Lors de la publication de ses résultats trimestriels, la banque a déclaré avoir enregistré plus de 600 millions d’euros de provisions au total sur la Russie et l’Ukraine.
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Franck Joselin
Philippe Brassac, le directeur général de CASA, affirme avoir fait le choix de «la prudence» en passant de telles provisions.
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Photo Crédit Agricole SA
L’importance de la somme a surpris. Crédit Agricole SA, la structure cotée du Crédit Agricole, a passé au premier trimestre un total de plus de 600 millions d’euros de provisions liées à l’Ukraine et à la Russie. Sur cette somme, 195 millions d’euros portent sur le capital de sa filiale ukrainienne, 20 millions sur des créances dans ce pays et 389 millions sur ses créances en Russie. Philippe Brassac, le directeur général de la banque affirme avoir fait le choix de «la prudence».
Pour l’Ukraine, le montant couvre l’intégralité du capital de la filiale du groupe. Celui-ci espère pouvoir récupérer cette somme à terme, et «le plus rapidement possible», a déclaré Philippe Brassac. Pour la Russie, les sommes provisionnées correspondent avant tout à des encours de crédit qui n’ont, actuellement, pas subi de dépréciations. Seuls 43 millions de ces provisions sont enregistrés pour des incidents avérés.
La banque a par ailleurs détaillé le solde de ses expositions résiduelles sur ce pays. Au total, elles se montent à 4,4 milliards d’euros, concernant des catégories d’opérations différentes. La banque présente d’abord une exposition de 700 millions d’euros «onshore», c’est-à-dire au bilan de sa structure russe. La moitié de cette somme correspond à des dépôts de clients replacés auprès de la banque centrale du pays. Les crédits aux entreprises ne représentent que 200 à 300 millions d’euros, «dont la moitié à des filiales russes de grands groupes internationaux, avec généralement la garantie de la maison mère », précise Jérôme Grivet, directeur général délégué de Crédit Agricole SA en charges des finances.
La banque affiche aussi une exposition dite «offshore» de 3,6 milliards d’euros. Celle-ci provient d’opérations effectuées par les filiales de la banque partout dans le monde auprès de contreparties liées, d’une manière ou d’une autre, à la Russie. Il peut s’agir, par exemple, de prêts à des filiales européennes d’entreprises russes. Sur cette somme, 3,1 milliards d’euros correspondent à des opérations inscrites au bilan de la banque et 600 millions à des opérations hors bilan, telles que des garanties financières ou du crédit documentaire «à durée de vies extrêmement courte», précise Jérôme Grivet.
Remboursements rapides
Comparée à la fin de l’année 2021, l’exposition de la banque à la Russie a baissé de 600 millions d’euros, peut-on lire dans les résulats publiés par le groupe.Et «par rapport à ce qui prévalait au jour du déclenchement du conflit, ce total (des expositions) a baissé d’un peu plus d’un milliard d’euros, et sans que, quasiment, cela se soit traduit par des incidents de paiements», précise le directeur général adjoint. Cette réduction est concentrée sur les expositions hors-bilan offshore«parce que ce sont les encours les plus courts». Il précise par ailleurs que «les échéances qui devaient être honorées entre (le déclenchement du conflit) et le 31 mars l’ont été de façon normale. Cette réduction est l’amortissement naturel du portefeuille en l’espace d’à peine un mois».
Malgré les provisions passées, la banque veut rassurer. «Nous sommes face à de très grandes entreprises russes, pour certaines liées à l’énergie, dont la situation économique ne pose aucun problème. Le risque final ne pourrait apparaître que s’il y avait réellement rupture de relations politiques, notamment dans l’approvisionnement européen, vis-à-vis de ces entreprises», assure Philippe Brassac. Même si cela est peut-être souhaité dans le temps, cela lui apparaît «absolument impossible» dans les échéances concernées.
Capital
Cela n’a pas suffi à rassurer totalement les actionnaires de Crédit Agricole SA dont l’action a chuté de 4% jeudi. Malgré des revenus trimestriels de 5,9 milliards d’euros pour le premier trimestre en hausse de 7,5% et supérieurs au consensus de 4%, CASA a publié un ratio de fonds propres durs de 11%. Il recule de 0,9 point de pourcentage par rapport à celui publié au 31 décembre.
Dans une note, les analystes de JPMorgan s’attendent à ce que «le débat sur le capital plafonne la réévaluation des actions». Les équipes de Jefferies estiment aussi que le niveau de ce ratio de capital, inférieur de 60 points de base à leurs prévisions, pèse sur les actions. «Cela signifie que le capital excédentaire a disparu et qu’il pourrait y avoir des vents contraires supplémentaires cette année», explique le broker dans une publication.
Crédit Agricole SA a pourtant confirmé son engagement de maintenir un taux de distribution de 50% et son intention de verser 20 centimes additionnels au titre du dividende 2019 en 2023. La banque demeure par ailleurs moins sensible aux variations de son ratio de fonds propres durs car le Crédit Agricole dans son ensemble, comprenant les caisses régionales en plus du véhicule coté, présente un ratio CET1 de 17%. Soit 8,8 points de pourcentage au-dessus de ses exigences réglementaires.
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