Le coût des catastrophes naturelles devrait dépasser les 3 milliards d’euros en 2022 pour les assureurs français, avant réassurance.
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Bertrand De Meyer
«L’épisode de grêle et orageux de début juin représente la plus forte sinistralité depuis le début de l’année», note le spécialiste en modélisation climatique RiskWeatherTech.
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Les orages qui ont frappé une grande partie de la France du 3 au 5 juin 2022 ont aussi empêché les assureurs de dormir. L’événement climatique continue de mobiliser les réseaux des différentes compagnies. «Les clients se tournent vers nous avec des sentiments mêlés : peine, peur, colère, angoisse… Je sais à quel point cela peut être source d’anxiété pour vous et vos collaborateurs», a réagi Pascal Chapelon, le président de la Fédération nationale des syndicats d’agents généraux d’assurance (Agéa). Axa France, qui a sensibilisé plus de 600.000 de ses assurés dans les départements placés sous alerte, par SMS ou par courriels sur les mesures de prévention à observer, a par exemple annoncé la mise en place de services spécifiques, comme une cellule de crise, pour garantir des indemnisations rapides.
Mais l’essentiel reste l’estimation des pertes pour les compagnies. Déjà, les orages et inondations qui avaient touché de nombreuses régions françaises entre le 20 et le 23 mai ont provoqué 93.000 sinistres, pour un coût global de 323 millions d’euros, selon une estimation de France Assureurs. Pour le spécialiste en modélisation climatique RiskWeatherTech – qui travaille notamment avec Axa, Covéa, la Caisse centrale de réassurance (CCR) ou encore Abeille Assurances –, la dégradation orageuse du 3 au 5 juin aurait occasionné entre 230.000 et 250.000 sinistres sur les branches auto et dommages aux biens, pour un montant compris entre 600 et 800 millions d’euros pour le marché de l’assurance. Précisément, 35% des sinistres devraient concerner l’assurance auto et 65% le non-auto, cette répartition atteignant 40% pour l’auto et 60% pour le non-auto en matière d’indemnisation.
Sécheresse
Après quelques tempêtes d’hiver, inondations et un cyclone à La Réunion, cet événement orageux marque le début des événements coûteux pour les compagnies. «Nous commençons à observer des épisodes de grêle et orageux, comme celui de début juin, qui représente la plus forte sinistralité depuis le début de l’année», confirme Gilles André, le directeur général de RiskWeatherTech. La sinistralité climatique (tempêtes, cyclones, inondations et grêle) pourrait atteindre 1,6 milliard d’euros de pertes assurées en auto et IRD cette année, juge l’entreprise, une année plutôt dans la moyenne. «Les vagues de chaleur devraient provoquer plus d’orages, et les cyclones attendus dans les Antilles s’annoncent légèrement supérieurs à la moyenne. On se rend aussi compte d’une anomalie de la température dans la Méditerranée, qui est 1,5 degré plus élevée qu’à la normale, ce qui pourrait provoquer des épisodes cévenols», explique l’expert.
Le plus inquiétant concerne la sécheresse. Selon le spécialiste en modélisation climatique, environ 6.000 communes seraient éligibles au régime d’indemnisation des catastrophes naturelles sur les six premiers mois de l’année, pour un coût d’environ 600 millions d’euros. «Selon les prévisions saisonnières, à prendre toutefois avec prudence, nous sommes partis sur deux scénarios, type 2005 ou 2011, où le coût annuel avait atteint 1,5 et 1,7 milliard d’euros», analyse Gilles André. La sinistralité climatique, hors agriculture, pourrait donc grimper entre 3 et 3,5 milliards d’euros, brute de rétrocessions au régime des catastrophes naturelles.
Régime «cat nat»
Cette sinistralité ne manquera pas de relancer les débats autour des réformes en cours ou déjà engagées. La réforme de l’assurance récolte, pour laquelle les estimations de pertes restent toujours très confidentielles, continue de diviser le secteur. En 2021, l’assurance multirisque climatique sur récoltes a enregistré des sinistres de 750 millions d’euros. Surtout, dans le cadre de la réforme de l’indemnisation des catastrophes naturelles adoptée l’an dernier, la place de la sécheresse continue de poser question. Une étude publiée par Covéa et menée par RiskWeatherTech prévoit une hausse de 60% de la charge des sinistres climatiques d’ici à 2050, qui serait assumée à 71% par le régime «cat nat», contre 57% selon la moyenne des dernières années.
C’est pourquoi de nombreux assureurs appellent à transformer plus en profondeur le régime, en sortant le risque sécheresse par exemple. Une étude de France Assureurs prévient que le montant des sinistres dus à la sécheresse pourrait tripler d’ici à 2050, à 43 milliards d’euros. Dans cette logique, un rapport du Cese propoait récemment de créer un régime sécheresse distinct du régime «cat nat», qui devrait s’ouvrir aux réassureurs privés. Selon nos informations, le Président, Emmanuel Macron, aurait lu avec intérêt, ces derniers jours, l’avis en question de la troisième assemblée constitutionnelle de la République. Une indication, peut-être, sur une potentielle évolution du régime.
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