Le Conseil de stabilité financière surveille les Big Tech
A la fois partenaires et concurrentes des institutions financières, les Big Tech, ces grands noms de la technologie, font autant peur que rêver. Le Conseil de stabilité financière (CSF, ou FSB, pour Financial Stability Board) publie deux rapports concernant ces entreprises. Le premier mesure les implications de leur incursion dans les métiers de la finance. Le second examine quels risques pourraient émerger de l’utilisation croissante, par les sociétés financières, des services de cloud qu’elles proposent.
Dans ces deux rapports, le FSB souligne d’abord les points positifs inhérents au développement des Big Tech dans les secteurs financiers. En termes d’innovation d’abord, mais aussi concernant leur vertus d’inclusion financière de populations issues des marchés émergents et des économies en voie de développement. Le FSB relève aussi que l’utilisation des services de cloud peut se révéler bénéfique, car une infrastructure dispersée gérée par des spécialistes du secteur permet davantage de flexibilité aux institutions financières, est susceptible d’entraîner des réductions de coûts pour les clients, et présente une sécurité parfois supérieure à un système centralisé.
Cependant, outre les risques classiques que les institutions financières peuvent faire peser sur le système financier mondial – liés à des problèmes de levier, de liquidité ou encore aux risques opérationnels –, la puissance de ces sociétés technologiques, et la rapidité avec laquelle elles peuvent conquérir des marchés, pourraient en créer de nouveaux.
Il existe d’abord un risque de concentration. Le FSB constate en effet que le nombre des entreprises technologiques reste très réduit et que, dans certains pays, elles pourraient dominer la fourniture de certains services financiers. A noter que la situation se révèle très différente selon la zone géographique ou le type de pays. Dans les pays développés, les Big Tech se concentrent souvent sur des services spécifiques, comme les paiements, et travaillent de concert avec les institutions financières. Dans les pays émergents, et notamment en Chine, les entreprises technologiques proposent une gamme de services beaucoup plus large, et de manière beaucoup plus indépendantes des sociétés purement financières.
Un autre risque identifié par le FSB porte sur les modèles économiques mêmes des institutions financières classiques, qui pourraient être mis à mal par une concurrence exacerbée avec ces nouveaux acteurs. «Ce n’est pas le rôle des autorités de protéger les institutions financières de la concurrence, mais les régulateurs et les superviseurs doivent accorder une attention particulière à son impact sur la viabilité des modèles économiques des sociétés en place et à la manière dont elles réagissent», note le FSB.
Ensuite, les liens existants entre les Big Tech et les institutions financières, notamment lorsque les premières aident les secondes à créer ou distribuer des produits financiers, pourraient servir de canal à la propagation d’une crise financière. «Ces risques peuvent être particulièrement importants si ces services financiers ne sont pas facilement substituables et si la gestion des risques et les contrôles des entreprises Big Tech sont moins efficaces que ceux exigés des institutions financières réglementées», souligne le FSB.
Enfin, concernant l’utilisation de services en cloud par les institutions financières, le FSB admet qu’«il ne semble pas exister de risque immédiat pour la stabilité financière». Il souligne toutefois que les autorités doivent rester vigilantes sur «le caractère adéquat des normes réglementaires et des pratiques de surveillance en matière d’externalisation», ou encore sur «les efforts de normalisation pour assurer l’interopérabilité et la portabilité des données».
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