Le combat pour l’assurance emprunteur entre dans sa dernière ligne droite
Et si le sort du lobby assurantiel était entre les mains du Conseil constitutionnel ? L’institution tient aujourd’hui une audience publique sur la résiliation annuelle de l’assurance emprunteur. La loi est entrée en vigueur le 1er mars 2017 pour les nouveaux contrats, et doit s’appliquer aux anciens contrats à partir du 1er janvier 2018. Les banques (via leurs filiales d’assurance) détiennent 88% de ce marché juteux où les marges tournent autour de 40%, «50% en ne comptant pas les commissions intra-groupe», souligne une source mutualiste. Une «rente corporatiste» dénonçaient seize parlementaires vendredi dans Le Monde. Les assureurs mutualistes et anonymes comptaient s’y attaquer grâce à cette loi. Défendant son pré carré, la Fédération bancaire française a déposé en juillet une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) pour contester la rétroactivité du texte. Un revers auquel s’attendait Martial Bourquin, le sénateur à l’origine de l’amendement, qui avait volontairement séparé flux et stock.
Cette QPC a jeté un pavé dans la mare des assureurs. «La grande majorité des filiales d’assurance de groupes bancaires s’y sont associées, a reconnu la Fédération française de l’assurance (FFA) dans un communiqué insolite. En réaction à cette initiative, plusieurs sociétés anonymes et sociétés d’assurance mutuelles ont décidé d’exercer leur droit d’intervenir […], afin de rappeler qu’elles soutiennent collectivement [..] la résiliation annuelle […]. Les instances de la FFA en ont pris acte.»
Pour la FFA, créée en juillet 2016, l’assurance emprunteur a été «un baptême du feu», a reconnu son vice-président Pascal Demurger, directeur général de la Maif, jeudi devant l’Association des journalistes de l’assurance. «Les points de vue sont nourris par des intérêts profondément divergents, mais cela ne remet pas en cause la construction de la FFA ni sa pérennité», a-t-il toutefois ajouté. Le lobby avait décidé à l’automne 2016 de ne pas s’exprimer sur le sujet, laissant ce soin aux entreprises.
«En tant que citoyen, je ne peux que me réjouir de la remise en cause de cet oligopole, qui comme tout oligopole finit par générer un niveau de rentabilité abusif», a précisé Pascal Demurger, «assez confiant sur le sens de la décision du conseil constitutionnel». De son côté, le directeur général de la Matmut Nicolas Gomart soulignait fin novembre : «La façon dont se clôturera ce dossier sera déterminante [pour la FFA]. Entre un scénario fluide et heurté, nous le saurons en fonction de ce dossier.»
Plus d'articles du même thème
-
Les assureurs français se font une place sous le soleil brésilien
Plus facile à aborder que la Chine mais tout aussi dynamique, le Brésil apparaît comme un vaste territoire de conquête encore en friche aux yeux des assureurs notamment étrangers. Pour les Français CNP Assurances et Axa, c’est même devenu un pays très stratégique. -
L'Eiopa élargit sa vigilance face au risque climatique
En 2025, la chaleur a coûté 43 milliards d’euros à l’économie européenne, dont 95 % non assurés. Le rapport de l’Eiopa alerte sur l’exposition croissante des institutionnels aux risques climatiques, notamment logés au passif des bilans. -
Bercy cherche à diviser par deux le déficit de la Sécu
Le projet de loi de finances de la Sécurité sociale 2027 vise à réduire de moitié le déficit de la Sécu. Pour atteindre cet objectif ambitieux, le gouvernement entend freiner sur la dépense et mieux répartir l'effort. Il demande, entre autres, 1,6 milliard d’euros de plus aux complémentaires.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF engrange 127 milliards d’euros au troisième trimestre 2026
- L'ACPR stoppe Wakam dans sa course en l'obligeant à cesser ses souscriptions
- CNP Assurances fait un nouveau pas en dehors du réseau de La Banque Postale
- Les gestions anticipent une résistance modérée des Bourses
- Le prix du pétrole retombe sous 100 dollars le baril
- L’IA ne sait pas lire correctement les résultats du CAC 40
Contenu de nos partenaires
-
A couvertA l'Assemblée nationale, Eric Ciotti cherche son successeur sans lâcher les rênes
Le maire de Nice devrait quitter l’Assemblée pour cause de cumul de mandats, mais pas les rênes de l’UDR. Trois députés sont en lice pour lui succéder à la tête du groupe. Un choix qui dira jusqu’où son fondateur est prêt à laisser émerger de nouvelles figures -
Sur la routePour renforcer leur mainmise sur Bab el-Mandeb, les Houthis s'en prennent à une ville stratégique du Yémen
Le groupe armé pro-iranien serait sur le point d'encercler la ville... à moins que la contre-offensive des forces gouvernementales ne l'oblige à desserrer son emprise -
ReconquêteFace à Reform UK, les conservateurs britanniques misent sur les compétences et l’optimisme
Regagner la crédibilité du parti en matière d’économie est l’une des priorités pour tenter de reconquérir les électeurs de droite partis vers Reform UK