L’actuariat a la baraka !
C’est un ami qui m’a fait découvrir le métier. Docteur en économie, je travaillais comme enseignant-chercheur à l’université Paris-Dauphine. Lui était chez Axa. Et ce qu’il me racontait m’a donné envie », confie Rim Ennajar-Sayadi, aujourd’hui responsable de la gestion des risques de la branche vie individuelle chez Axa France. Romain Guilbon, 24 ans aujourd’hui, était en « prépa » math-physique la première fois qu’il a entendu parler de la profession d’actuaire. Des amoureux des maths qui manipulent tout un tas de données macroéconomiques et l’historique des compagnies d’assurances afin de prévoir les futurs sinistres, leur fréquence et leur coût, cela l’intéressait. Mais ce sont surtout les débouchés qui ont fait mouche. « C’est un métier où il n’y a pas ou très peu de chômage. Après ma prépa, je suis entré à l’Institut de sciences financières et d’assurances de l’université de Lyon (une des dix formations délivrant le titre d’actuaire, NDLR). Pour trouver une entreprise qui m’accueillerait comme alternant, j’ai envoyé à peine six candidatures. Et une fois diplômé, c’était encore plus facile », relate le jeune chargé d’études actuarielles chez Groupama.
De toute évidence, les assureurs ont besoin d’actuaires. Après 35 embauches en 2017 chez BNP Paribas Cardif, 40 sont prévues pour 2018 ; Axa en recrute 200 chaque année, dont la moitié en CDI, 60 stagiaires et 30 à 40 alternants ; le site d’offres d’emploi du groupe Groupama/Gan affiche 18 offres en CDI. Sur les 6.700 embauches annuelles en CDI comptabilisées dans le secteur des assurances par l’Observatoire de l’évolution des métiers de l’assurance (OEMA), un peu plus de 350 concernent des postes d’actuaires. C’est peu… encore faut-il les trouver. Ces experts sont issus de cursus sélectifs et spécifiques. Pour être actuaire, il faut soit avoir le diplôme, qui n’est délivré que par une dizaine de formations reconnues par l’Institut des actuaires, soit justifier d’un excellent niveau en mathématiques, en statistiques (bac+5), et une connaissance des nouveaux outils générés par l’émergence des big data (logiciels et langages informatiques). « Depuis près de deux ans, mes clients exigent, en plus de cette base technique, des candidats capables de dialoguer avec les différents services, de s’adapter, explique Myriam Marciano, responsable du pôle assurances au sein du cabinet de recrutement Robert Walters. Nous traitons cinq à dix missions de recrutements d’actuaires chaque année, et la tâche est ardue. » Car peu de candidats satisfont à la fois aux critères des compétences techniques et des aptitudes transversales. Pourtant, les besoins ne faiblissent pas. « L’actuariat fait partie des deux branches, avec l’informatique, dans lesquelles nous maintenons toujours nos volumes de recrutements », indique Frédérique Bouvier, directrice du recrutement d’Axa France. Partenariats avec les écoles, recours aux cabinets de recrutements, alternance…, les compagnies et mutuelles usent de tous les outils RH existants pour attirer les actuaires. Y compris, bien sûr, les rémunérations. Avec un salaire brut annuel compris entre 45.000 euros (pour les actuaires sans le diplôme) et 55.000 euros pour un premier poste, ces experts sont les juniors les mieux rétribués dans le secteur de l’assurance.
En première ligne
Des débouchés pour les jeunes diplômés, de bons salaires, il ne manque plus que les perspectives de carrières. Là encore, le vent souffle dans le dos des actuaires. « Ce professionnel est au cœur du métier d’assureur. Sans lui, il n’y a tout simplement pas d’assurances. Et les dernières évolutions sociétale, économique, digitale et réglementaire ont renforcé son rôle central », souligne Norbert Girard, secrétaire général de l’OEMA. Avec la mise en place de Solvabilité 2 et des big data, mais aussi la mondialisation, l’intensification de la concurrence, les opportunités et risques accompagnant la révolution digitale, l’actuaire a été propulsé en première ligne ces dernières années pour accompagner toutes ces transformations. Exit donc le statisticien d’hier cantonné au service technique toute la journée, derrière son PC, à manipuler des chiffres ! L’actuaire d’aujourd’hui doit plus que jamais sortir de sa zone technique pour collaborer avec les autres fonctions de l’entreprise.
En 2006 déjà, cela avait sauté aux yeux d’Alexandre Pertriaux. Ingénieur spécialisé en informatique prévisionnelle, il travaillait, chez BNP Paribas Cardif, sur un logiciel dédié à l’actuariat. « Les actuaires travaillaient avec des ‘data scientists’ sur tout ce qui touche au traitement de la ‘data’. Avec les ‘marketers’ et équipes commerciales, pour la création de nouveaux produits. Avec les souscripteurs, pour analyser le risque spécifique lié à un contrat et déterminer les conditions de sa couverture. Ils étaient au cœur de l’activité des compagnies d’assurances. Cela m’a donné envie de m’orienter vers ce métier », explique celui qui, dix ans plus tard, est devenu responsable tarification de BNP Paribas Cardif pour le Mexique. Un choix qu’il n’a pas regretté. En une décennie, il a profité de nombreuses opportunités au cours de sa carrière. Entrée en 2007 chez Axa à la direction technique vie, Rim Ennajar-Sayadi ne s’est pas ennuyée non plus. Après avoir travaillé sur la tarification en prévoyance individuelle, elle a repris ses études pour décrocher le titre d’actuaire, puis été promue en 2014 responsable de la gestion des risques pour la branche vie et préside le conseil scientifique vie. Un beau parcours, qui pourrait être de plus en plus usité. « Les mobilités, hier déjà nombreuses, sont, aujourd’hui structurées dans des parcours plus formalisés », observe-t-elle. Avis aux ambitieux...
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