La vente d’Aviva France prend une tournure politique
La politique s’en mêle. Les syndicats d’Aviva France sont vent debout contre la tournure que prend la vente de la filiale française du groupe. Réunis en intersyndicale, ils ont obtenu vendredi dernier une rencontre avec le cabinet du ministre de l’Economie, des finances et de la relance Bruno Le Maire, pour exposer leurs craintes. «L’écoute a été attentive», se félicite l’intersyndicale. Après la rencontre, Bercy s’est engagé à recevoir la direction du groupe pour discuter de cette cession. «Le précédent de la fermeture de l’usine de Bridgestone et la difficulté de discuter avec ses actionnaires japonais a certainement aidé à ce que l’intersyndicale soit reçue par le ministre», glisse un syndicaliste.
Les syndicats ont d’abord mis en avant le risque qu’un fonds domicilié aux Bermudes puisse devenir propriétaire d’Aviva France. Même si rien n’est encore décidé, les représentants du personnel redoutent en effet une reprise impliquant l’assureur Athora, détenu par la société de capital investissement Apollo. «Aviva paye 100 millions d’euros d’impôts en France, et 75 millions de charges sociales, ce qui a son importance, surtout en ce moment. Si le groupe passe aux mains d’une société aux Bermudes, il ne versera plus d’impôts», dénonce l’intersyndicale.
Ensuite, ils ont souligné la participation de l’assureur à l’effort de financement du tissu économique français. «Au total, ce sont plus de 2 milliards d’euros qui sont aujourd’hui investis par Aviva dans le capital des moyennes entreprise hexagonales, le plus souvent non cotées. Il n’est pas certain que le nouveau repreneur respectera cet engagement», ont expliqué les syndicats aux équipes du ministre.
Enfin, ils ont mis en avant les risques de démantèlement du groupe, rappelant la reprise par Athora de la compagnie d’assurance Vivat aux Pays-Bas en 2019, et la vente conjointe de ses activités non-vie au groupe NN. «Il n’y a pas de raison qu’ils agissent différemment avec Aviva en cas de reprise», redoute l’intersyndicale. Sur ce point, les revendications des personnels d’Aviva ont rejoint celles faites au ministre quelques jours plus tôt par Gérard Bekerman, le président de l’Afer.
La complexité de la vente d’Aviva France se confirme, alors même que le groupe doit faire face à plusieurs fronts. Il cherche aussi à se séparer de ses activités en Italie et, selon des sources citées par l’agence Reuters, réfléchirait à l’avenir de ses deux joint-ventures avec UniCredit et UBI.
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