La Société Générale et BNP Paribas calent dans la BFI
L’absence de sang neuf dans la direction remaniée de la Société Générale et le manque de visibilité sur ses amendes à venir aux Etats-Unis ont été lourdement sanctionnés vendredi. Le titre a clôturé en baisse de 5,17%. BNP Paribas, qui annonçait ses résultats trimestriels le même jour, a également terminé la séance sur un recul – plus limité – de 1,15%. Point commun aux deux rivales : leur contre-performance dans la banque de financement et d’investissement (BFI).
A la Société Générale, le résultat brut d’exploitation (RBE) de la BFI a chuté de 65,3% au premier trimestre à seulement 191 millions d’euros, plombé par des revenus en recul de 13,4% sur un an, à 2,2 milliards d’euros. Chez BNP Paribas, le RBE du pôle a baissé de 27,8%, à 517 millions d’euros, et les revenus de 9,8%, à 2,9 milliards d’euros. Si le dynamisme des métiers titres a permis de limiter la casse, les activités de marché ont clairement décroché dans les deux banques. Les effets de devises sont en partie responsables : l’appréciation de l’euro face au dollar a amputé de «10 à 15%» sur un an les revenus trimestriels des activités de marchés, a expliqué Lars Machenil, directeur financier de BNP Paribas, lors d’une conférence téléphonique avec les analystes. Mais sur le plan commercial aussi, les deux grands acteurs français ont perdu du terrain.
Moins bien que Deutsche Bank
Tous deux accusent une chute de 31% de leur produit net bancaire (PNB) dans le fixed income (produits de taux, changes et matières premières) au premier trimestre, alors que les cinq grandes banques de Wall Street sont restées quasi stables. C’est notamment un coup dur pour BNP Paribas, leader sur ces métiers, qui invoque «une base très élevée au premier trimestre 2017 qui avait enregistré de forts volumes». La banque de la rue d’Antin a même perdu sa couronne de numéro un des émissions obligataires en euro au premier trimestre, selon Dealogic. La Société Générale lui a certes ravi la première place sur la période, mais elle a aussi souffert d’un «ralentissement de l’activité clients sur les dérivés de flux».
Dans les actions, la banque dirigée par Frédéric Oudéa a vu ses revenus amputés de 11%, signant la pire performance des grandes BFI au premier trimestre. Les banques américaines ont en moyenne progressé de 32% sur ce segment tandis qu’en Europe, le mauvais élève Deutsche Bank, a seulement reculé de 9%. Avec un PNB en hausse de 19,4%, BNP Paribas fait mieux que Credit Suisse (+9%), mais moins bien qu’UBS (+24%) et Barclays (+43%). La banque de Jean-Laurent Bonnafé explique son dynamisme par «la reprise des volumes de clientèle sur les dérivés actions». Spécialiste historique de ce métier, la Société Générale a au contraire raté la reprise car «les revenus des produits structurés ont été affectés par une activité commerciale moins dynamique en Europe et par des coûts croissants de portage et de couverture», pointent les analystes crédit de Natixis. Le patron des actions et dérivés actions de la Société Générale, Richard Quessette, vient d’ailleurs de quitter la banque même si, officiellement, son départ ne serait pas lié à des contre-performances. Son remplaçant sera annoncé dans les prochains jours, a assuré aux analystes Frédédic Oudéa.
Objectif relevé pour le RoE
Les interrogations vont également bon train sur le reste de l’état-major de la banque de la Défense. Après le départ surprise de Didier Valet, qui a fait les frais de l’enquête américaine sur le Libor, la Société Générale l’a remplacé jeudi soir par Séverin Cabannes. A 59 ans, le vétéran incarne la continuité. C’est aussi le seul rescapé parmi les directeurs généraux délégués du groupe. Mais «comment se fait-il que le remplacement du patron de la BFI se termine par un complet remaniement de la direction opérationnelle, seulement six mois après la journée investisseurs», s’interroge dans un note Maxence Le Gouvello, analyste chez Jefferies.
Alors que la banque a présenté son plan stratégique en novembre dernier, le premier trimestre complet de cette nouvelle feuille de route a des airs de faux départ. Le rendement des fonds propres tangibles (RoTE) a atteint 7,4% à fin mars pour l’ensemble du groupe, encore loin des 10% visés en 2020. Chez BNP Paribas, cet indicateur de rentabilité atteint 11,9% (hors exceptionnels). Après avoir relevé son objectif de rendement des fonds propres (RoE) pour 2020 de 10% à «plus de 10%» en février, la banque de la rue d’Antin vise désormais «10,5%» si la trajectoire macroéconomique se confirme, a annoncé vendredi Lars Machenil. Avant de souligner que, dans la BFI, il dépasse 18%.
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