La Société Générale accélère dans le mobile en Afrique
Face à Orange Money, Wari ou Joni Joni, Yup s’est fait une place dans les échoppes sénégalaises de transfert d’argent. Depuis son lancement en août 2017, 312.000 de ces portefeuilles électroniques créés par la Société Générale ont été ouverts au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Burkina Faso, a annoncé vendredi dernier Matthieu Vacarie, directeur général de Yup, lors d’une conférence de presse à Dakar. «Nous avons 1.500 nouveaux clients par jour et 3.000 transactions», ajoute-t-il. En novembre, Yup a totalisé 90.000 transactions (dépôts, paiements, transferts d’argent et virements de salaire) d’un montant moyen de 7.500 francs CFA (11 euros). La Société Générale revendique aussi 4.500 agents de terrain, du garagiste aux petites épiceries de quartier.
Le groupe français vise 8.000 agents et un million de clients Yup en 2020. Cela permettrait de multiplier par 25 ses points de retrait de liquidités en Afrique Subsaharienne et de doubler, en moins de quatre ans, sa clientèle locale de particuliers. La Société Générale a commencé à s’implanter dans la région dans les années 60, principalement dans l’Ouest francophone.
Séduire les entreprises
Aujourd’hui, les caravanes d’«enrôleurs» Yup sillonnent villes et campagnes pour convaincre les personnes non bancarisées (plus de 80% de la population) d’adhérer au service. Le futur client doit simplement disposer d’un téléphone portable, smartphone ou GSM car Yup utilise la technologie de la start-up française TagPay, compatible avec tous les mobiles. L’«enrôleur» ou l’agent agréé Yup prend une photo du souscripteur, de sa carte d’identité et d’un questionnaire d’une page. Il les envoie ensuite par courriel à un back-office de la banque, et bientôt par SMS dans les zones non couvertes par la 3G (grâce à la «connectivité augmentée», en test avec une start-up). Le compte est activé à distance, après un contrôle de conformité.
Pour se différencier des géants du mobile, déjà ultra-présents comme l’illustrent les 40 millions de comptes d’Orange Money (dont 14 millions actifs) dans 17 pays, Yup facture des commissions inférieures, comprises entre 1% et 3% du montant transféré. Le «wallet» mise aussi sur des services (musique en ligne...) et de nouveaux produits bancaires (épargne...). A partir de cette semaine, Yup est relié à Manko, l’offre de microfinance de la Société Générale au Sénégal. Les clients de Manko pourront décaisser puis rembourser leur microcrédit chez un agent Yup. «Bientôt on donnera accès au crédit à tous les clients Yup, avec de l’avance sur salaire à 15, 20 ou 30 jours si le salaire est domicilié chez Yup, ou du nanocrédit de 30 jours en moyenne», explique Gaëtan Debuchy, directeur général de Manko.
La Société Générale va aussi proposer aux agents Yup «un crédit liquidité» et tester des kiosques automates pour pallier les ruptures du stock de billets de banque en cas d’affluence, le jour du paiement des salaires par exemple. En plus du BtoC, Yup mise en effet sur la dématérialisation des flux des entreprises. La solution est déjà utilisée par le brasseur Castel au Cameroun et testée par un des leaders mondiaux du négoce de matières premières pour le paiement des producteurs ivoiriens de café.
20 millions d’euros d’investissement
Toutes ces initiatives doivent permettre de désengorger les agences bancaires. «Nous envisageons de transférer chez Yup des opérations sans valeur ajoutée comme le retrait de cash pour concentrer les effectifs [en agence] sur un meilleure exploitation de la clientèle cœur de cible, explique Alexandre Maymat, responsable de la région Afrique, Méditerranée et Outre-Mer à la Société Générale. [La gestion du] cash représente 10% de nos frais généraux, contre 1% en France». Le groupe a «déjà investi 20 millions d’euros» dans Yup et dépense «5 millions» pour chaque ouverture de nouveau pays», selon Alexandre Maymat. S’y ajoutent «2 millions d’euros de coûts de run (opérationnels, ndlr) par an et par pays», indique Matthieu Vacarie. «Yup sera break-even (au seuil de rentabilité, ndlr) en 2020», assure Philippe Heim, directeur général délégué de la Société Générale.
Le service devra avoir été déployé dans quatre nouveaux pays d’ici à fin 2019. Il est prêt au Ghana mais il faut une nouvelle loi pour que ce «wallet» de banque puisse être lancé. La Guinée devrait suivre en décembre; Madagascar et le Mozambique l’an prochain. Annoncé initialement pour cette année, le Togo n’est plus à l’ordre du jour. «Chaque banque centrale a une vision différente» des émetteurs de monnaie électronique, explique Matthieu Vacarie. Autre obstacle, il n’y pas d’interopérabilité entre les «wallets» au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Malgré les freins techniques et juridiques, et les risques de fraude dont Orange Money a fait les frais, la Société Générale réfléchit désormais au «transfert d’argent entre pays», dévoile Alexandre Maymat. Avant, peut-être, de lancer Yup en Afrique de l’Est là où le groupe n’a pas de licence bancaire, en partenariat avec un acteur local.
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