La réforme hongroise du crédit pourrait coûter 5 milliards aux banques
Erste Bank a donné le ton. En annonçant le 3 juillet une perte nette annuelle liée à de nouvelles provisions sur son portefeuille de crédits en Hongrie, la banque autrichienne a levé le voile sur les risques liés à la réforme bancaire magyare. Son premier volet a été voté vendredi par le parlement local.
Pour tous les prêts (immobilier, consommation, etc.) accordés aux ménages depuis 2004, le texte prévoit le remboursement des charges liées à des modifications unilatérales des contrats de crédit imposées par les banques et il annule les hausses de taux d’intérêt sur les créances libellées en devises étrangères. A l’automne, une deuxième loi devrait convertir en forints tous les prêts en devises. Le gouvernement pourrait ne pas s’arrêter là et s’attaquer, en 2015, aux crédits aux PME, soulignent les analystes de Nomura.
22,3 milliards d’euros de crédits aux ménages sont concernés par les deux premiers textes, dont 11,9 milliards libellés en devises (en francs suisses surtout). Deuxième acteur du pays derrière la banque locale OTP, Erste Bank totalise 7 milliards de dollars (5,1 milliards d’euros) d’encours à risque. Raiffeisen et KBC affichent de leur côté 1 milliard et 1,9 milliard de dollars de prêts immobiliers en monnaie étrangère. UniCredit, Intesa Sanpaolo sont aussi actives localement, tout comme BNP Paribas. Après de premières mesures de conversion favorables aux ménages, la banque française avait levé le pied sur les prêts résidentiels en 2011, mais elle reste active en crédit à la consommation.
La loi votée vendredi devrait coûter aux banques 600 à 900 milliards de forints (1,9 à 2,9 milliards d’euros), selon la Banque nationale magyare. En y ajoutant celle sur les prêts en devises, la facture grimpera de 2,4 milliards, en cas de rabais de 20% sur le taux de conversion appliqué aux emprunteurs. La perte totale «atteindrait entre 4,3 à 5,3 milliards d’euros, ce qui effacerait 40 à 50% des capitaux du secteur bancaire», estime Phoenix Kalen, analyste à la Société Générale. Ceux de Nomura tablent pour cette année sur «4 milliards d’euros bruts, ou 3,5 milliards nets en incluant les provisions [passées] et d’autres facteurs». «Mais le coût réel lié aux pertes futures sur la valeur des contrats» pourrait être «beaucoup plus élevé», estiment-ils.
La réforme des prêts en devises est toutefois nécessaire pour «consolider» et «stabiliser» le secteur bancaire, selon l’analyste de SG. «La Hongrie semblera moins vulnérable», jugent ceux de Nomura.
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