La question du télétravail agite les banques françaises
Alors que Goldman Sachs ou JPMorgan veulent faire revenir leurs salariés américains au bureau en juin, qu’en est-il pour les banques françaises ? La question du télétravail a été évoquée au niveau des différents comités de direction la semaine dernière, à la suite du plan de déconfinement présenté par le gouvernement. «Toutes les banques se posent la question de savoir comment on revient sur site. Or, certains salariés se sont habitués à un rythme flexible, d’autres veulent revenir. Quelques banques ont déjà demandé à leurs salariés de revenir un jour de plus par semaine, le retour se fait de manière progressive», explique Frédéric Guyonnet, président du Syndicat national des banques (SNB).
Selon la Fédération des banques françaises (FBF), près de 63% des 360.000 collaborateurs du secteur étaient en télétravail en janvier, un taux qui monte à 80% dans les fonctions corporate et support. Si la dynamique commence à changer, un retour en présentiel à 100% parait difficilement envisageable à ce stade. Les banques «semblent avoir intégré le fait que le télétravail va devenir une modalité banale de l’organisation du travail et que cela permet d’accélérer les questions de flex office», ajoute Luc Mathieu, secrétaire général, fédération CFDT banques et assurances.
Accord-cadre
Par ailleurs, de nombreux accords de télétravail ont été négociés, impliquant que «le télétravail sera désormais cadré», ajoute Frédéric Guyonnet. Si chaque grande banque dispose de son propre texte, un cadre pour les petites banques est en cours de négociation au sein de la branche Association française des banques (AFB).
La Société Générale a signé un accord prévoyant deux jours de télétravail par semaine, qui pourraient être portés à trois jours selon les cas. Une réunion avec les organisations syndicales est prévue ce mercredi. Si le groupe n’a encore rien annoncé «on se doute que la direction fera revenir les salariés sur site au fur et à mesure», confie Khalid Belhadaoui, délégué syndical national CFDT.
Chez BPCE, la crise du Covid-19 a «accéléré, de façon générale, la transformation des modes d’organisation du travail», explique Philippe Bailly, son directeur des ressources humaines. Le groupe a signé un nouvel accord de télétravail le 26 novembre dernier, qui est entré en vigueur en début d’année. En raison du Covid, 98% des collaborateurs sont en télétravail; ils étaient plus de 78% à télétravailler avant la crise. Avec la sortie de crise sanitaire et le déploiement du travail hybride, la banque pense que ce taux évoluera autour de 85-90%. «Le principe de l’accord est de venir au moins deux jours sur site par semaine avec la possibilité de bénéficier de quatre à dix jours de télétravail par mois. Notre accord est basé sur le volontariat du collaborateur», précise le DRH.
Natixis, la filiale de BPCE, a signé en 2015 puis en 2018 des accords permettant aux salariés en France de télétravailler jusqu’à deux jours par semaine. Si plus de 50% des collaborateurs avaient pratiqué le travail à distance avant le confinement, ils sont désormais près de 80%. Au début de l’année, Natixis a engagé des négociations autour d’un accord de télétravail, qu’une source du SNB CFE-CGC qualifie de «transposition» de l’accord de BPCE. «Parler de quatre jours minimum de télétravail par mois revient à rendre le télétravail obligatoire», regrette la source, qui souhaite que les salariés puissent signer un avenant matérialisant «un réel volontariat» sur télétravail.
La négociation de l’accord est soumise à la signature jusqu’à ce vendredi, mais il semble peu probable que les syndicats le signent. «Ils n’ont pas l’honnêteté de dire que c’est en lien avec le nouveau projet immobilier», ajoute la source. Les salariés devraient déménager dans les nouveaux locaux du 13e arrondissement au premier trimestre de 2022. «Les Tours Duo ne pourront accueillir que 60% d’effectif total, on entend même parler de 50%. Ce projet immobilier ne semble pas possible sans imposer du télétravail».
Au sein des 39 caisses régionales (70.000 salariés) du Crédit Agricole, le premier confinement «a été remarquable, avec des équipes roulantes dans les agences», explique Emmanuel Delétoile, responsable de la branche Crédit Agricole, secrétaire national à la FGA CFDT. Or, dès le deuxième confinement «le discours a été de dire que le business devait reprendre et que les gens ne se contaminent pas au travail», regrette-t-il. Résultat, la branche est passée de 80% de télétravail à 15% aujourd’hui. Ce dernier craint «un durcissement des conditions» à partir du 9 juin. Une négociation en cours vise à obtenir un accord pérenne de branche, «qui mettrait un cadre commun et permettrait une application au plus près du terrain».
Quel dédommagement ?
Toujours au Crédit Agricole, la situation est différente pour CASA, où environ 50.000 salariés sont à 95% en télétravail, et ce jusqu’au 11 juin prochain. Pourtant, «les capacités d’accueil au sein des restaurants inter-entreprises sont divisées par 4 et l’employeur n’a pas envie que les salariés aillent déjeuner dehors. Cela peut être un élément limitatif pour un retour à 100% sur site», confie Valérie Delacourt, coordinatrice CFDT pour le Groupe Crédit Agricole SA.
Chez BNP Paribas, les discussions tournent autour d’un retour progressif sur site. Si les salariés sont bien présents en agence, le taux tombe à 13% de présence en Ile-de-France dans les services centraux. «Nous nous interrogeons sur le fait que la direction semble ne pas vouloir communiquer le nombre global de salariés en télétravail. Pourquoi tant de mystères ?», s’interroge Richard Pons, délégué syndical national CFDT de la banque. Les syndicats vont entrer en négociations ce mois-ci sur un accord. «Nous les entamerons avec l’idée que le télétravail permet à l’entreprise de faire des économies. L’indemnisation correcte des télétravailleurs est donc une priorité pour la CFDT», ajoute-t-il.
Au début de la crise, la direction de BNP Paribas a suspendu l’accord télétravail qui datait de janvier 2020. C’est par l’intervention de la CFDT, que le travail à distance sera indemnisé au travers d’un accord particulier, à hauteur de 100 euros pour 40 à 79 jours télétravaillés et 120 euros entre 80 et 119 jours.
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