La menace d’une stagflation se précise en Europe
L’économie mondiale navigue en pleines turbulences, et la probabilité d’un ciel plus clément diminue. Jean-Christophe Caffet, économiste en chef de Coface, le reconnaît : «l’atterrissage en douceur est toujours possible, mais il paraît de plus en plus improbable».
«S’il est sans doute un peu tôt pour entériner que l’économie mondiale est entrée dans un régime de stagflation, les signaux abondent dans ce sens», indique l’assureur crédit à l’occasion de la publication de son dernier baromètre risques pays et sectoriels mardi. Le conflit en Ukraine, qui pèse notamment sur l’inflation importée par le prix de l’énergie et des matières premières, s’installe dans la durée. Les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la logistique, toujours pas entièrement remises des conséquences de la pandémie, persistent en raison de la stratégie sanitaire de la Chine. Tout cela alors même que la croissance économique ralentit fortement.
Face à cet environnement «complexe», Coface a dégradé l’évaluation des risques de 19 pays, dont 16 en Europe parmi lesquels l’Allemagne, la France, l’Espagne (de A2 à A3) ou encore le Royaume-Uni (de A3 à A4). Des principales économies européennes, seule l’Italie ne voit pas son évaluation du risque déclassée : «déjà évaluée en A4, soit le niveau de risque le plus élevé en Europe de l’Ouest».
Face à l’inflation, la Banque d’Angleterre, la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne ont engagé des trajectoires de hausse des taux qui contribuent à freiner la croissance. «Ce que craignent les banques centrales, c’est l’enclenchement de la boucle prix salaire qui viendrait déclencher le mécanisme stagflationniste que l’on observe déjà à court terme. Cela se produit si le contexte du marché est favorable à des hausses de salaires et si les agents se désancrent, une situation que l’on retrouve dans de nombreux pays», explique Jean-Christophe Caffet.
Coface conserve toutefois une forme d’optimisme. «Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins entre trois scenarii possibles : stagflation, récession, atterrissage en douceur», décrit Jean-Christophe Caffet. Le scénario central du groupe suggère, à horizon de 18 mois, un sensible ralentissement de l’activité, permettant à l’inflation de ralentir très progressivement. «Afin de juguler l’inflation, les banques centrales semblent tentées d’agir jusqu’à pousser l’économie en récession, qu’elles espèrent plus clémente que dans le cas où les prix continueraient de déraper», selon Coface.
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