La crise fragilise le recentrage de Credit Suisse sur la gestion de fortune
Après deux ans de scandales en tous genres, Credit Suisse entame son opération rédemption. Le mouton noir de la finance européenne a tenu ce mardi 28 juin une journée spéciale pour ses investisseurs. Le but : les convaincre qu’un « nouveau Credit Suisse plus résilient » est possible. «Je sais que les 18 derniers mois ont été difficiles, mais nous cherchons à rebâtir et stabiliser Credit Suisse», a déclaré en préambule son directeur général Thomas Gottstein.
Baptisé Deep Dive Investors, ou «le grand plongeon des investisseurs», cet événement avait été annoncé à la suite d’un nouvel avertissement sur résultatle 8 juin. Le troisième depuis le début de l’année. Credit Suisse avait alors promis de faire toute la lumière sur sa stratégie et notamment sur son plan de réduction des coûts annoncé l’an dernier. La banque zurichoise prévoit de réaliser 1 à 1,5 milliard de francs suisses d’économies «structurelles» chaque année d’ici à 2024. Un objectif sur lequel elle a déclaré vouloir accélérer.
600 millions d'économies supplémentaires
Ce sont ses investissements dans la technologie qui lui permettront de dégager des économies supplémentaires, de l’ordre de 200 millions de francs suisses en 2023 grâce à la centralisation de ses plateformes et à l’automatisation de certaines tâches. Credit Suisse devrait économiser «à moyen terme» 400 millions de francs suisses supplémentaires grâce à ses efforts en matière technologique, notamment le développement d’applications natives dans le cloud, a précisé sa nouvelle responsable de la technologie et des opérations Joanne Hannaford, fraîchement recrutée après 24 années passées chez Goldman Sachs.
Credit Suisse a récemmentfait le ménage dans son équipe de direction, dont elle a renouvelé la moitié des membres. Le nouveau patron de la gestion de fortune, Francesco de Ferrari, s’exprimait également pour la première fois depuis sa prise de poste en janvier dernier. Il a détaillé les ambitions de la nouvelle unité, dont l’organisation a été simplifiée et unifiée. L’accent sera mis sur les vingt marchés enregistrant la plus forte croissance. Credit Suisse, qui finalise sa sortie d’Afrique sub-saharienne, se dit prêt à quitter d’autres zones géographiques.
Avec son «approche de banque des entrepreneurs», Credit Suisse vise notamment à «accompagner la transition générationnelle» au sein de sa clientèle fortunée, a expliqué Francesco de Ferrari. La hausse des taux devrait générer 800 millions de francs suisses de revenus supplémentaires en 2024 dans la gestion de fortune, estime la banque.
Le poids des incertitudes macroéconomiques
Mais les incertitudes macroéconomiques et géopolitiques pourraient bien enrayer son plan de marche. Credit Suisse a annoncé en novembre dernier vouloir réduire la voilure sur sa banque d’investissement pour redéployer trois milliards de francs suisses de capital sur la gestion de fortune d’ici à 2024. S’ils maintiennent ces ambitions, ses dirigeants se montrent prudents. «Il est clair que le rythme auquel vous verrez certaines initiatives se mettre en place doit être tempéré au vu de l’environnement de marché», a souligné Francesco de Ferrari. Thomas Gottstein a, quant à lui, reconnu que le changement d’attitude des clients pouvait peser sur cet objectif. «Nous avons observé un mouvement important de réduction de l’exposition au risque au cours des derniers trimestres, sans doute plus important que ce que nous prévoyions en novembre », a-t-il déclaré.
Depuis le début de l’année, Credit Suisse a vu sa valorisation boursière reculer de 37%, une décote de plus de 15% par rapport à l’indice Eurostoxx des banques européennes. Mardi, peu après la clôture de son Deep Dive investors Day, l’action prenait 0,9%, reflétant l’accueil mitigé de ces nouvelles annonces.
Plus d'articles du même thème
-
Intel prévoit une augmentation de capital de 15 milliards de dollars
Avec un cours multiplié par cinq depuis son plus bas de l’été dernier, Intel capitalise sur l’engouement pour l’IA. Il en profite pour conforter son bilan avec la vente de nouveaux titres. Une première depuis sa cotation en 1971. -
Les perspectives des banques françaises s'assombrissent
Les résultats financiers des banques françaises ont été très solides au premier semestre. Pour autant, il n’y a pas de quoi pavoiser selon Fitch Ratings qui maintient une perspective négative sur le secteur pour 2026. En cause : plusieurs facteurs de risques auxquels le Crédit Mutuel Alliance Fédérale apparaît plus exposé que les autres. -
Les agents immobiliers doivent repenser la prospection avec les nouvelles règles du démarchage
A compter du 11 août, les agents immobiliers ne pourront plus appeler librement les particuliers ayant mis leur bien en vente sur les sites d’annonces. Une interdiction qui pourrait transformer en profondeur les méthodes de prospection d’un secteur habitué au démarchage à froid.
ETF à la Une
L&G AM lance le premier ETF UCITS exclusivement dédié aux obligations d’Etat africaines
- Boeing obtient enfin un précieux sésame sur le 737 Max
- BPCE profite du jackpot de la marge nette d'intérêt
- L’intervention conjointe pour soutenir le yen révèle un risque majeur
- Revolut décroche son agrément bancaire français
- Bercy exige des banques un meilleur accompagnement des emprunteurs en difficulté
Contenu de nos partenaires
-
Médicaments : le dilemme italien face à l’offensive américaine
Avec 69 milliards d’euros d’exportations, le secteur est devenu l'un des moteurs de l’économie italienne. Un accord avec Washington protégerait l’industrie, mais pourrait alourdir considérablement la facture du système de santé, déjà sous pression -
En apnéePrix des médicaments : l’Europe retient son souffle face à Trump
Le président américain ne décolère pas contre les différentiels de prix des produits pharmaceutiques entre les Etats-Unis et l’Europe, faisant planer la menace d'un affrontement -
En France, un financement des médicaments innovants au bord de l'implosion
L’Assurance maladie ne cesse d’alerter sur l’explosion des dépenses pour les médicaments innovants. Avec les pressions américaines sur les prix, les laboratoires trouvent un argument supplémentaire