La crédibilité de JPMorgan est ternie par une erreur de trading

La banque américaine a accusé une perte sur des produits dérivés de crédit de 2 milliards de dollars en l’espace de quelques semaines
Patrick Aussannaire

JPMorgan n’est plus «le roi de Wall Street». La banque américaine a surpris les marchés en annonçant solennellement avoir accusé une perte de trading sur des produits dérivés de crédit de 2 milliards de dollars. Dans une conférence de presse convoquée à la hâte pour formuler des excuses publiques, le directeur général Jamie Dimon a mis cette perte sur le compte d’une «erreur, une maladresse et un mauvais jugement». De quoi faire dévisser l’action de 6,5% dans les échanges après Bourse, à 38,09 dollars.

Ces 2 milliards, qui représentent le triple du résultat dégagé par les activités de détail de la banque, ont été perdus dans les six dernières semaines au sein du département des investissements qui est censé assurer les opérations de couverture du portefeuille de crédit ainsi que la gestion de la trésorerie.

Et comme JPMorgan compte garder sa position, la perte pourrait continuer à s’élargir. «Il va y avoir beaucoup de volatilité sur ce segment et la perte pourrait aisément empirer – ou s’améliorer, mais aisément empirer» a averti Jamie Dimon. D’ailleurs, JPMorgan a réévalué sa «value at risk» (mesure du risque de marché d’un portefeuille) au premier trimestre de 67 à 129 millions.

Pour le moment, Jamie Dimon estime que les gains réalisés dans les autres divisions absorbent en partie la perte, et la perte globale estimée pour le deuxième trimestre devrait être limitée à 800 millions de dollars, contre une estimation de perte de 200 millions avant cette erreur. La perte ne génèrerait en outre qu’un repli limité du ratio de fonds propres sur actifs pondérés de la banque de 8,4% à 8,2% selon les critères de Bâle 3. Et Jamie Dimon de rappeler que selon les projections des analystes, la banque dégagerait quand même un résultat de 4 milliards de dollars ce trimestre.

Mais cette erreur jette un voile sur la qualité du contrôle des risques de la banque. Et Mike Mayo, analyste chez CLSA, de s’interroger sur «ce que cela nous apprend sur le contrôle des risques dans la banque qui est meilleur que la moyenne du secteur. Avec les mouvements de marché sur ce trimestre, il s’agit d’un prélude à d’autres problèmes potentiels à venir dans la gestion Actif-Passif».

Jamie Dimon s’est empressé de préciser qu’il croyait toujours en ses arguments contre la règle Volcker, l’erreur étant liée à la stratégie de couverture plutôt qu’à des positions de «prop trading». Mais «leur capacité à mener les discussions sur la règle Volcker à Washington a reçu un sérieux revers» note cependant David Hendler, analyste chez CreditSights.

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