La Confédération nationale du Crédit Mutuel et Arkéa esquissent un rapprochement
L’un se rêve en prodige, l’autre le peint en fils prodigue. Le conflit larvé entre le Crédit Mutuel Arkéa, qui revendique son indépendance, et la Confédération nationale du Crédit Mutuel, l’organe central du réseau qui regroupe les 18 fédérations régionales du Crédit Mutuel, semble se radoucir ces derniers temps. Au point que, dans un communiqué de presse diffusé jeudi 7 juillet, la Confédération indique même proposer «une première étape de rapprochement» au Crédit Mutuel Arkéa : «Le conseil d’administration a voté, ce jour, son plein soutien au président Nicolas Théry dans sa volonté de mettre fin à un conflit qui n’est ni dans l’intérêt des sociétaires, ni à la hauteur de la situation économique actuelle et future.»
La forme
Cette volonté s’est symbolisée lors de l’assemblée générale du premier juin. Des propositions censées assurer l’autonomie du Crédit Mutuel Arkéa avaient alors fait réagir Hélène Bernicot, la directrice générale du groupe, dans les colonnes du Télégramme : «Nous considérons que ces annonces sont positives, nous demandons à entrer en négociations.» Quelques jours plus tard, c’est le président Julien Carmona – qui a succédé à Jean-Pierre Denis début juin 2021, avant d’être élu, début juin 2022, président de la principale fédération du groupe bancaire, le Crédit Mutuel de Bretagne – qui expliquait dans le quotidien de Bretagne, très suivi par les 11.000 collaborateurs de la banque, «être prêt à en parler dans le cadre d’une vraie discussion».
En dehors de ces sorties par voie de presse, des discussions ont bien été entamées entre les deux parties. Des échanges directs entre Nicolas Théry, patron du Crédit Mutuel Alliance Fédérale et Julien Carmona ont ainsi déjà eu lieu. Cela semblait impensable il y a encore un an avec Jean-Pierre Denis, qui avait lancé les hostilités contre le groupe bancaire et mentionné la Confédération dans les raisons de son départ après quatorze années à la présidence du Crédit Mutuel Arkéa. Preuve que les relations se réchauffent, un représentant du Crédit Mutuel Arkéa était présent physiquement au conseil d’administration de la Confédération, ce qui n’était pas arrivé depuis plusieurs années.
Surtout, deux représentants auraient été choisis pour faciliter les échanges. «C’est une vraie porte ouverte, inédite en dix ans», analyse une source interne à la Confédération. Mais la forme de la dernière communication pourrait déjà avoir refroidi les relations : «Le souhait c’est de mettre en place un véritable dialogue, comme différentes initiatives d’Arkéa ces derniers mois l’ont prouvé, pas d’avancer par communiqués interposés», regrette une source interne au Relecq-Kerhuon, déplorant «un manque de sérieux».
Le fond
Le véritable fond du problème réside toutefois dans les propositions de la Confédération. Si le Crédit Mutuel Arkéa a progressivement fait évoluer sa communication pour préférer au terme d’«indépendance» celui d’«autonomie» afin de qualifier sa volonté de liberté, l’organe central du réseau reste relativement réticent. Il propose ainsi «la garantie de l’autotomie stratégique et opérationnelle des entités du groupe, par l’intégration, dans les statuts de la Confédération, d’un droit de veto pour toutes les fédérations» et «la participation pleine et entière du Crédit Mutuel Arkéa et des fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest à toutes les instances du groupe». La création d’un poste statutaire de vice-président délégué, «qui serait occupé par un représentant des fédérations du Crédit Mutuel de Bretagne et du Sud-Ouest», est aussi sur la table du conseil d’administration, qui parle d’une «période probatoire de dix-huit mois, assortie d’une évaluation trimestrielle de la situation».
Pas vraiment du goût d’Arkéa, comme le souffle une source interne : «Nous considérions que le message n’était pas acceptable sur le fond. Le sujet essentiel est de trouver une solution commune qui soit respectueuse du principe d’autonomie stratégique garantie pour toutes les fédérations, établissant une véritable subsidiarité tout en reconnaissant son rôle prudentiel.»
Les deux parties devront vite essayer d’avancer. Début juin, lors de l’assemblée générale du Crédit Mutuel Arkéa, Julien Carmona a précisé que l’indépendance de la banque, «passant par sa désaffiliation de l’organe central, constitue le scénario privilégié par le groupe», alors que le statu quo n’est pas une option sur la table. En Bretagne, la fenêtre de beau temps n’est jamais bien longue.
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