La BCE veut davantage de mixité à la tête des banques
Bientôt les pages internet des banques européennes présentant des équipes dirigeantes composées très majoritairement d’hommes pourraient n’être plus qu’un souvenir de temps révolus. La Banque centrale européenne (BCE) a lancé le 15 juin une nouvelle consultation sur le questionnaire et le guide «fit and proper», (juste et approprié), c’est-à-dire le traitement des procédures de ratification de la nomination ou du renouvellement des dirigeants effectifs et des membres des organes de surveillance des banques. Un des points saillants émanant de cette consultation concerne la diversité de genre.
Le nouveau guide a notamment pour vocation de mettre en avant «les efforts de la BCE pour promouvoir la diversité au sein des organes de direction des banques européennes en tant que condition nécessaire à une gouvernance plus saine des établissements de crédit et donc à un système financier plus sûr», peut-on lire sur le site de la banque centrale.
Désormais, en plus d'évaluer l’adéquation des connaissances, des compétences et de l’expérience des dirigeants des banques, la BCE examinera également de près la mixité des conseils d’administration.
Efficacité, indépendance et ouverture
Dans le nouveau questionnaire «fit and proper» soumis à consultation, la BCE demandera donc des comptes aux institutions financières sur le plan de la mixité et, «s’il y a des violations manifestes des stratégies de diversité, nous devrons peut-être obliger les banques à se conformer à ces stratégies», menace l’institution. Et ces déclarations sont loin d’être anodines. Non seulement c’est la BCE qui est décisionnaire en dernier recours sur la nomination des dirigeants des banques relevant de sa supervision directe, mais la Banque centrale rappelle que la gouvernance fait partie intégrante du processus de révision et d'évaluation de la surveillance (Supervisory review and evaluation process, Srep). Or, à partir du Srep, des mesures prudentielles et des apports en capitaux complémentaires peuvent notamment être décidés.
Dans un blog paru sur le site de la Banque centrale, aussi publié dans plusieurs journaux européens, Frank Elderson et Elizabeth McCaul, respectivement vice-président et membre du Conseil de surveillance de la BCE, soulignent que «la diversité dans le leadership est reconnue depuis longtemps comme cruciale pour une gouvernance efficace. Elle favorise l’indépendance d’opinion et l’ouverture pour remettre en question les décisions de gestion de manière critique». Ainsi, un conseil d’administration composé de personnes d’âge, de sexe, de provenance géographique ou encore de formation, différents, est «mieux équipé pour comprendre ses parties prenantes et ses employés».
La BCE rappelle en outre que les directives européennes imposent explicitement aux établissements de crédit d’utiliser la diversité comme l’un des critères de nomination des membres des organes de direction et de promouvoir cette diversité par le biais du recrutement.
Le chemin à parcourir pour une mixité parfaite reste cependant encore long. Les auteurs du blog, citant l’Autorité bancaire européenne (EBA), constatent que seulement 8% des dirigeants des sociétés financières et de crédit européennes sont des femmes et que seulement un cinquième des postes de direction des plus grandes banques européennes sont occupés par des femmes. Par ailleurs, les femmes qui siègent aux conseils d’administration de la plupart des institutions continuent également d'être moins bien payées. Et bien que la loi européenne oblige les banques à avoir une politique de diversité, moins des deux tiers d’entre elles le font réellement.
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