La Banque de France invite les prêteurs à soigner leur risque de transformation
Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, avait mis en garde fin mars les banques françaises contre la faiblesse des marges dans le crédit immobilier. Son sous-gouverneur, Jean-Paul Redouin, a de nouveau attiré leur attention sur les risques de transformation posés par l’environnement actuel, lors de l’assemblée annuelle de l’Association française des trésoriers de banques (AFTB).
«Actuellement en effet, en période de taux d’intérêt encore extrêmement bas, il est toujours possible de financer des actifs à long terme à des coûts très faibles, au risque de créer de nouvelles bulles d’actifs», a indiqué Jean-Paul Redouin, en insistant lourdement sur le crédit immobilier, où «le niveau des marges pourrait ne pas suffire pour couvrir le coût du risque, voire le coût du funding». Le sous-gouverneur entend ainsi pousser les banques à agir sur la rémunération de leurs actifs, et pas uniquement sur la structure de leur passif, pour s’adapter aux nouvelles réglementations.
La création sous Bâle 3 de deux ratios de liquidité à un mois (applicable dès 2015) et à un an a déjà conduit les banques françaises à faire évoluer leur financement. Elles ont pris de l’avance sur leurs programmes d’émission 2011 tout en rallongeant les maturités (L’Agefi Quotidien du 10 mai), privilégient depuis l’an dernier les dépôts des clients au détriment de l’épargne financière, et font le siège de Bercy pour créer un produit d’épargne longue bilancielle qui concurrencerait l’assurance-vie.
Là aussi, la Banque de France craint le siphonage des OPCVM monétaires vers les bilans. «Nous suivons ces évolutions avec une grande attention, a souligné Jean-Paul Redouin. L’industrie de la gestion d’actifs est, en effet, un secteur d’activité solide que l’on ne doit pas déstabiliser. En outre, la ré-intermédiation de dépôts de clients institutionnels ou d’entreprises ne peut se justifier par des considérations de ratios réglementaires, compte tenu du traitement sévère réservé à ces dépôts dans les projets.»
Le numéro deux de l’institution a aussi passé en revue, plus largement, les «signaux d’alerte» du système financier. Parmi ceux-ci, l’euphorie de la dette high yield, la financiarisation des matières premières, et les innovations sur le marché des ETF. «La gestion active de ces nouveaux instruments complexes risque alors de trouver ses limites comme l’a été en son temps celle des CDO», prévient Jean-Paul Redouin.
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