La «bad bank» espagnole met sous pression une partie du secteur bancaire
La création de la Sareb n’est pas une bonne nouvelle pour tout le monde. La structure de défaisance des actifs bancaires espagnols, dont les détails ont été annoncés le 29 octobre, est jugée essentielle à l’assainissement du secteur et à la baisse du risque macroéconomique en Espagne. Mais en rachetant les portefeuilles immobiliers avec des décotes élevées, la «bad bank» risque de mettre sous pression les grandes banques privées du pays.
La Sareb a vocation à reprendre les actifs des banques déjà nationalisées, à hauteur de 45 milliards d’euros, puis ceux des établissements qui auront besoin de l’Etat pour se recapitaliser, à raison de 45 milliards supplémentaires au maximum. Santander, BBVA ou La Caixa, ne sont donc pas concernés. Les prix de transfert feront apparaître des décotes allant de 32% à 80% selon le type d’actifs, avec une moyenne de 46% pour les prêts à la promotion et de 63% pour les actifs saisis par les banques. Ces rabais correspondent, à peu de choses près, au scénario de stress imaginé par Oliver Wyman dans son audit du secteur bancaire. Ils sont supérieurs aux niveaux de provisionnement que la Banque d’Espagne a exigés du secteur en début d’année avec la publication d’un décret.
«Le prix de transfert ne constitue pas une référence pour l’évaluation des actifs bancaires non transférés», insiste la Banque d’Espagne. Exane BNP Paribas juge pourtant que les investisseurs risquent «d’exiger des banques cotées des niveaux de provisionnement équivalents à ceux des sociétés qui transféreront des actifs à la Sareb». Dans cette hypothèse, la facture serait lourde: 23 milliards d’euros selon le courtier, montant qui exclut 1,8 milliard d’euros provisionnés au troisième trimestre par BBVA. Banco Popular devrait passer à lui seul 6,6 milliards de charges.
Les banques espagnoles pourraient aussi renflouer la Sareb, qui vise un niveau de capital de 8%. Madrid veut laisser le contrôle de la bad bank au secteur privé pour ne pas la consolider dans les comptes publics, et si les investisseurs étrangers ne sont pas au rendez-vous, une solution domestique semble la plus probable. «La contribution des trois plus grandes banques pourrait atteindre 2,16 milliards d’euros», calcule Alberto Gallo, stratégiste chez RBS.
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