KPMG et JPMorgan sont mis en cause dans la débâcle de Co-op Bank
Comment le prêteur coopératif Co-op Bank a-t-il pu racheter un spécialiste de l’immobilier commercial, puis envisager de reprendre 632 agences TSB à Lloyds, sans que personne ne tire la sonnette d’alarme sur sa capacité financière ? Après la découverte d’un déficit en capital de 1,5 milliard de livres qui a conduit la banque à passer l’an dernier sous le contrôle de ses créanciers, le rapport parlementaire publié hier par le Treasury Committee britannique n’épargne personne. Ni l’incompétence des dirigeants du groupe Co-op, dont la version livrée en mai se voit ici contredite, ni la myopie du superviseur, la FSA, ni celle de l’ex-commissaire aux comptes de la banque, KPMG.
Le cabinet a notamment mené les dues diligences lors du rachat, en 2008, de Britannia, un prêteur au bilan 2,3 fois plus gros que celui de Co-op. Cette acquisition conduira la banque à enregistrer 550 millions de provisions sur ses prêts à l’immobilier commercial. «La due diligence menée sur ce portefeuille s’est révélée totalement inappropriée», juge le rapport. KMPG, qui a touché 1,3 million pour ces travaux, avait certes recommandé une deuxième analyse plus approfondie, mais celle-ci a été réalisée directement par Co-op, et n’a pas fait l’objet de contrôles a posteriori du cabinet.
Au passage, la commission parlementaire égratigne aussi JPMorgan, conseil de l’acquéreur sur cette transaction qui lui a rapporté 7 millions de commissions. La banque avait assuré alors aux administrateurs de Co-op que la qualité des dues diligences dépassait la moyenne. L’enquête indépendante menée par le Financial Reporting Council sur la débâcle du groupe «devra examiner si les travaux de KPMG et JPMorgan ont respecté un standard raisonnable».
KPMG est aussi montré du doigt pour son rôle de commissaire aux comptes, qu’il assurait depuis plus de trente ans. Les provisions pour risque de crédit de Co-op, qui ont approché le milliard sur 2012-2013, demeuraient auparavant bien plus faibles que celles de ses concurrents, où elles ont augmenté dès 2008. «La politique de provisionnement était plus ‘lâche’ que le reste de l’industrie», souligne le rapport, ce que les dirigeants de KPMG ont continué à nier lors de ses auditions.
Le test de résistance mené en 2012 par la FSA, elle aussi peu alerte avant cette date, a mis au jour ce défaut massif de provisionnement. Avec un dommage collatéral: il a provoqué l’échec du projet «Verde», la vente des agences TSB, finalement introduites en Bourse.
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