Financement des énergies, deux poids deux mesures ?
LE POUR
Sylvie Prea, directrice RSE de la Société Générale
La Société Générale a réaffirmé ses engagements en faveur du climat lors de son Investor Day et du One Planet Summit.
Le rôle du secteur financier est prépondérant dans la capacité de nos économies à mettre en œuvre la transition énergétique et la Société Générale reflète l’importance que le groupe accorde à cette question via le développement de services financiers permettant le soutien de la transition énergétique d’une part, et le renforcement de ses politiques de gestion du risque environnemental et social d’autre part.
Concernant le premier volet, le groupe figure parmi les leaders mondiaux dans le financement des énergies renouvelables. Il a renforcé récemment ses engagements en se fixant un objectif de 100 milliards d’euros de financements destinés à la transition énergétique entre 2016 et 2020 : une contribution d’environ 15 milliards d’euros en services de conseil et de financement de ce secteur, et d’environ 85 milliards d’euros en services liés aux émissions de green bonds.
Sur le second volet, le groupe a souhaité depuis 2015 inscrire son activité dans l’objectif global de l’Accord de Paris. En 2016, il a décidé de réduire ses activités liées au secteur du charbon et a récemment pris des engagements concernant le secteur pétrole et gaz, qui seront reflétés dans les semaines qui viennent dans une nouvelle politique environnementale et sociale publique sur le secteur.
Le groupe souhaite inscrire ses engagements dans une vision cohérente à long terme et est notamment guidé par les scénarios 2°C développés par l’Agence internationale de l’énergie, qui dessinent des évolutions soutenables de mix énergétique. Le cadre de gestion des risques E&S de la Société Générale s’ancre dans cette logique d’amélioration continue.
LE CONTRE
Lucie Pinson, chargée de campagne « banques et finances privées » aux Amis de la Terre
La Société Générale a beaucoup à faire pour rattraper ses pairs et aider Paris à devenir la capitale de la finance verte.
Le climat n’est pas un jeu à somme nulle. Les soutiens de la Société Générale aux énergies renouvelables n’annuleront pas les impacts des milliards de financements que la banque accorde encore aux énergies fossiles, y compris aux plus « carbonées » comme les sables bitumineux.
En s’engageant en décembre à ne mettre un terme qu’à ses financements aux projets de production de sables bitumineux, contrairement à BNP Paribas, Natixis et Axa, la Société Générale omet les pipelines de sables bitumineux en développement outre-Atlantique. Ce sont pourtant eux qui généreraient l’ouverture de nouveaux champs de production alors que les réserves d’énergies fossiles déjà en exploitation contiennent plus de carbone que nous ne pouvons en brûler pour rester sous les 2°C. Aussi incompatible avec ses prétentions climatiques est son soutien au projet de terminal Rio Grande LNG (gaz naturel liquéfié, NDLR) et de pipeline Rio Bravo. Ce gigantesque projet, qui vise à exporter plus de 100 millions de m3 extrait par fracturation hydraulique, contribuerait à émettre autant de CO2 que 44 centrales à charbon. En sortir devrait donc être une priorité. BNP Paribas, qui était impliquée dans un projet similaire aux Etats-Unis, l’a d’ailleurs reconnu en octobre en s’engageant à ne financer aucun pipeline ni terminal de GNL utilisant majoritairement du gaz de schiste. Enfin, n’oublions pas que la Société Générale est toujours dans le Top 10 des plus gros financeurs des entreprises qui prévoient la construction de centrales à charbon et que ses principaux clients sont des entreprises européennes qui freinent, si ce n’est bloquent, la sortie du charbon en Europe.
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