Des banques européennes projettent de créer le «WhatsApp» du KYC
Dans le contexte actuel de multiplication des scandales de blanchiment d’argent, les procédures de KYC (know your customer) promettent d’être toujours plus lourdes pour les banques et leurs clients. C’est pour simplifier ces tâches de vérification d’identité que plusieurs institutions financières européennes travaillent depuis un an sur un projet de mutualisation du KYC. Baptisé «Clipeum», ce projet, porté par deux salariés de la Société Générale, Martial Chambounaud et Eric Le Roux, est né dans le cadre du programme d’entrepreneuriat interne du groupe bancaire. Il s’est élargi aux banques Natixis, Crédit Agricole, Banque Postale, Bpifrance, UniCredit, et Commerzbank, ainsi qu’aux assureurs Allianz et Euler Hermes et au gestionnaire d’actifs Tikehau Capital. A ces partenaires s’ajoutent 14 sociétés du CAC 40, dont l’identité demeure confidentielle.
Clipeum vise à permettre aux grandes entreprises, multi-bancarisées, de ne plus s’acquitter d’autant de procédures de KYC qu’elles comptent de partenaires financiers. Des procédures si pesantes que 77% des trésoriers d’entreprises françaises considèrent qu’il s’agit de l’élément le plus pénible de leur travail, selon l’AFTE. Quant aux banques, les opérations de KYC coûtent 370 millions de dollars (327 millions d’euros) au secteur chaque année, d’après le cabinet de consultants Celent. Clipeum permet de centraliser au sein du système informatique de l’entreprise ses statuts, ses états financiers, l’identité de ses dirigeants et autres informations nécessaires au KYC. Les partenaires financiers de l’entreprise demandent à celle-ci un accès à tout ou partie de ces informations. «En permettant un accès plus rapide à des informations de meilleure qualité, notre solution doit réduire le coût du KYC», explique à L’Agefi Martial Chambounaud. «Cette architecture distribuée est moins susceptible de faire l’objet de piratages informatiques qu’un système centralisé, car il faudrait attaquer simultanément une série de coffres-forts numériques, ce qui est compliqué», complète Frédéric Dalibard, responsable de la transformation digitale chez Natixis.
Testé à l’automne dernier, Clipeum, qui pourra être rejoint par d’autres institutions financières, sera commercialisé d’ici à la fin 2019. «Nous travaillons sur la gouvernance et sur le modèle économique de la future société» qui doit naître de ce projet, indique Ephraim Marquer, responsable de la conformité chez Tikehau Capital. Différentes technologies sont également expérimentées, dont la distributed technology de R3/Cap Gemini.
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