Credit Suisse commence à prendre la mesure des affaires qui le touchent
Il aura fallu deux scandales coup sur coup pour que les dirigeants de Credit Suisse se décident à agir. Alors que la faillite de Greensill, la société d’affacturage inversé qui se finançait via des fonds de la banque suisse, n’avait pas provoqué de grands chamboulements chez Credit Suisse, l’affaire Archegos a commencé à secouer la banque. Celle-ci a modifié sa politique de distribution, suspendu son programme de rachat d’actions, supprimé la rémunération variable de ses dirigeants et fait sauter quelques fusibles. Ces décisions n’ont pas convaincu les actionnaires, le cours de bourse de Credit Suisse n’ayant que peu réagi à ces nouvelles, affichant une légère baisse de 0,39% pour un indice des banques européennes en hausse de 0,25%.
Mardi 6 avril, en amont de la présentation de ses résultats le 22 avril, la banque a évalué la charge liée au hedge fund Archegos à 4,4 milliards de francs suisses (3,97 milliards d’euros) au premier trimestre, provoquant une perte avant impôts de 900 millions de francs. Comme anticipé par de nombreux analystes, et par le marché, la banque a revu sa politique de versement de dividende qui sera proposé lors de l’assemblée générale (AG) qui aura lieu le 30 avril. Celui-ci a été ramené à 0,1 franc, contre 0,29 précédemment annoncé. De leur côté, les rachats d’actions, suspendus, ne reprendront que lorsque la banque aura rétabli son dividende.
Ensuite, Credit Suisse a annulé la rémunération variable de son directoire, soit un montant de 41 millions de francs. Cette rémunération prenait en compte aussi bien la rémunération variable incitative à court terme pour l’année 2020, pour un montant de 15,7 millions, que la rémunération incitative variable à long terme du directoire pour l’exercice 2021, pour un montant de 25,1 millions de francs. Les actionnaires seront tout de même appelés à voter, lors de l’assemblée générale, sur le montant total maximal de la rémunération fixe du directoire pour la période allant de l’AG 2021 à l’AG 2022, à savoir 31 millions de francs. Cette rémunération fixe reste équivalente à celle qui aura été distribuée entre les AG de 2020 et 2021.
Ménage
Dans le même temps, la banque a annoncé la destitution de deux de ses cadres. «La perte importante de notre activité Prime Services liée à la défaillance d’un fonds spéculatif basé aux États-Unis est inacceptable», a déclaré dans un communiqué Thomas Gottstein, le directeur général de Credit Suisse. En conséquence, Lara Warner, la directrice des risques, et Brian Chin, le directeur de la banque d’investissement et membre du comité exécutif (executive board), ont été remerciés. Lara Warner est remplacée par intérim par Joachim Oechslin aux risques et Thomas Grotzer à la conformité, tous deux chez Credit Suisse depuis plusieurs années. C’est Christian Meissner, arrivé dans le groupe en 2020, qui reprend la tête de la banque d’investissement.
Si au mois de mars Michel Degen, responsable des activités de gestion d’actifs en Suisse et dans toute l’Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, et Luc Mathys, responsable de la gestion obligataire, ont été temporairement mis à pied, les deux départs annoncés hier remontent un cran plus haut dans la hiérarchie. Avant d’arriver à son poste, Lara Warner, issue de la prestigieuse Université de Pennsylvanie – qui fait partie de l’Ivy League, regroupant les huit universités américaines les plus cotées – a fait la majeure partie de sa carrière chez Credit Suisse. Quant à Brian Chin, lui aussi était dans la banque depuis plus de 20 ans, après avoir fait un passage au département des fraudes du bureau du procureur des Etats-Unis. Par ailleurs, pour marquer le changement à la suite de ses récentes péripéties, la banque joue aussi sur le fait que son président Urs Rohner, sera remplacé lors de la prochaine AG par António Horta-Osório. Même si ce passage de relais était prévu de longue date.
Mais les répercussions des deux affaires ne sont pas terminées pour Credit Suisse. La banque n’a toujours pas communiqué sur les pertes que pourrait engendrer la chute de Greensill sur ses fonds identifiés supply chain. Ensuite, après avoir cantonné une partie des actifs de certains autres fonds multi-stratégie de sa sicav Virtuoso qui étaient aussi exposés à Greensill, Credit Suisse ouvre ce 7 avril les souscriptions et rachats sur la partie liquide de ces produits. Et ce alors que la banque a discrètement désactivé la page internet en libre d’accès sur laquelle figuraient les informations à destination de ses investisseurs relatives à tous les fonds touchés par Greensill. La transparence a ses limites.
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