Bruxelles s’attaque aux petits arrangements des régulateurs bancaires
Les actifs d’impôt différé seront-ils ravalés au rang d’aide d’Etat illégale? La Commission européenne a indiqué hier qu’elle collectait des informations sur le système des deferred tax assets (DTA), confirmant une information du Financial Times. Si Bruxelles ouvrait une enquête formelle, ce qui n’est pas encore fait, les banques espagnoles ou encore italiennes joueraient gros.
Les DTA proviennent de différences de traitement fiscal et comptable sur certains postes, comme les dépréciations de crédits. Ils sont comptabilisés en capitaux propres. Mais ils sont voués à être déduits progressivement des fonds propres durs d’ici à l’application complète des normes de solvabilité Bâle 3, car leur qualité est jugée médiocre: pour les activer, une banque déficitaire aujourd’hui doit être en mesure demain de dégager des bénéfices. «Le problème est que les banques les plus en difficulté sont celles qui ont accumulé le plus de DTA», souligne Alberto Gallo, analyste chez RBS.
Pour contourner l’obstacle Bâle 3, l’Espagne, l’Italie, la Grèce et le Portugal ont changé leurs lois après 2012 et converti une partie de ces DTA en crédits d’impôt, qui restent assimilables à des fonds propres durs. Ironie de l’histoire, Lisbonne avait justifié sa réforme l’an dernier par le maintien de l’équité concurrentielle entre ses banques et celles de ses voisins.
L’enjeu prudentiel est énorme pour certains établissements. Les DTA représentent un tiers des fonds propres durs de banques comme Caixa ou BCP, et jusqu’à 80% de ceux de Bankia, selon un pointage réalisé hier par les analystes de RBS à fin 2014.
L’intérêt des services de la concurrence de Bruxelles pour ce dispositif fait écho aux récentes déclarations de Danièle Nouy sur le front prudentiel. La patronne du Mécanisme de supervision unique européen a annoncé son souhait de réduire le nombre des «arrangements transitoires», dont les DTA font partie, et qui permettent aux autorités nationales d’accommoder les règles bancaires européennes.
La BCE avait aussi exprimé ses réserves dans un avis du 3 septembre 2014 sur le projet de loi portugais de réforme des crédits d’impôts. L’institution y insistait sur «la nécessité de casser le lien entre la dette souveraine et le secteur bancaire». «Comparé à la recapitalisation du secteur avec du cash fourni par des investisseurs privés, le dispositif DTA/crédit d’impôt pourrait créer un fardeau supplémentaire de dette pour l’Etat», indiquait la BCE.
Plus d'articles du même thème
-
«Notre crainte est que le marché du crédit reste volatil»
Benoist Grasset, gérant high yield chez Generali Investments -
«Les marchés ne semblent pas croire à une appréciation durable du yen»
Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM. -
« La prudence des investisseurs sur les actifs français peut durer jusqu’au printemps »
Julien-Pierre Nouen, directeur des études économiques et de la gestion diversifiée, Lazard Frères Gestion.
ETF à la Une
Le régulateur suisse autorise le premier ETF investi sur le bitcoin
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Les OAT décrochent après les troubles en France
- Banquiers et assureurs activent les mesures d’urgence post-mouvements sociaux
- Bred Banque Populaire rachète des activités d’Oddo BHF en Allemagne
Contenu de nos partenaires
-
A Orléans, un RN dans sa bulle célèbre la réélection de Jordan Bardella
Les cadres du parti ont déroulé la première journée de leur Congrès dans une pleine satisfaction, peinant à cacher leur optimisme pour la présidentielle à venir -
« L'Etat sera là » : Lecornu promet de reconstruire la mairie de Limoges « à l'identique »
« Le contribuable local, communal, ne mettra pas un euro dans la reconstruction de cet hôtel de ville », a indiqué le Premier ministre. Matignon souhaite une « procédure Notre-Dame » de Paris -
Mobilisation du 24 octobre : des dizaines de milliers de manifestants à Paris, Marseille... des dégradations à Grenoble
Une nouvelle journée de mobilisation contre la vie chère a lieu dans toute la France, ce samedi 24 octobre, après les violences du 17 octobre. Les manifestations sont placées sous la haute surveillance des forces de l’ordre : 70 000 policiers et gendarmes sont déployés dans le pays