La transaction valorise la banque portugaise à 6,4 milliards d’euros et constitue la plus grande acquisition d’une banque dans la zone euro depuis 10 ans.
C’est à croire que l’esprit de la France plane depuis toujours sur Novo Banco. Le groupe BPCE a annoncé vendredi avoir signé un protocole d’accord avec le fonds Lone Star pour lui racheter la part de 75% du capital qu’il détient dans la banque portugaise, le solde étant détenu par l’Etat. Cette annonce corrobore les rumeurs qui circulaient déjà depuis plusieurs jours.
La cession se fera sur une valeur totale de la banque proche de 6,4 milliards d’euros, correspondant à un multiple de 9 fois les bénéfices annuels. Si cette opération a lieu, Novo Banco contribuerait à hauteur de 15% aux résultats de BPCE. Elle sera effectuée entièrement en numéraire, a déclaré BPCE dans un communiqué. Conseillé par Rothschild et par Fenchurch, sa boutique maison, le mutualiste a par ailleurs «engagé les discussions avec le Portugal» sur les 25% que détient l’Etat, a déclaré Nicolas Namias, président du directoire, lors d’une conférence de presse.
Un deuxième marché en Europe
Novo Banco est née en 2014 des cendres de Banco Espirito Santo, disparue après des malversations comptables. A l’époque le Crédit Agricole avait perdu un peu moins d’un milliard d’euros dans la faillite pour les 15% qu’il détenait dans la structure. Onze ans plus tard et presque 10 milliards d’euros injectés par le gouvernement portugais dans Novo Banco qui regroupait les actifs sains d’Espirito Santo, c’est à BPCE d’entrer en scène. « Après la création de BPCE Equipment Solutions en début d’année, ce projet marque une nouvelle étape clé dans la mise en œuvre du plan stratégique ‘Vision 2030', visant à développer et à diversifier BPCE en France, en Europe et à l’international », explique le groupe mutualiste.
Cette opération ferait ainsi du Portugal son deuxième marché de détail, alors que la banque mutualiste n'était présente qu’en France. Novo Banco est aujourd’hui la quatrième banque portugaise et détient des parts de marché d’environ 9 % auprès des particuliers et de 14 % auprès des entreprises. Elle compte 1,7 million de clients particuliers et gère un portefeuille de prêts aux entreprises de 17 milliards d’euros. Le groupe BPCE hérite aussi d’un réseau de 290 agences réparties dans le Portugal.
Le groupe français explique que cette opération lui permettra de se diversifier géographiquement en accompagnant les entreprises portugaises dans leur croissance et mise sur une augmentation de l’équipement des clients particuliers. BPCE ne pourra cependant pas – ou peu - compter sur une optimisation opérationnelle Si le Français estime que « les conditions financières de l’opération reflètent une approche de valorisation rigoureuse », le fonctionnement de Banco Novo est déjà très efficace. La banque portugaise affichait au premier trimestre 2025 un ratio de charges sur revenus de 34,5%, parmi les meilleurs du secteur bancaire. Nicolas Namias, a d’ailleurs bien précisé lors d’une conférence de presse que la transaction n'était «pas une fusion» et ne s’apparentait «pas à une stratégie de synergies de coûts». L’opération ne doit donc, toujours selon BPCE pas avoir d’incidence sur l’emploi des 4.000 personnes qui travaillent aujourd’hui à Banco Novo.
Consolidation européenne
Cette opération pourrait signer le départ d’une consolidation bancaire en Europe, et pourrait être une bonne nouvelle pour l’Union bancaire européenne. Selon BPCE, elle « marque une nouvelle étape clé dans la croissance du groupe à l’échelle européenne ». « C’est la plus grande acquisition d’une banque européenne dans la zone euro depuis 10 ans », a renchéri Nicolas Namias.
Contrairement aux opérations ayant cours en Italie et en Allemagne, où UniCredit avait fait des offres sur sa compatriote Banco BPM et sur l’Allemande Commerzbank, le gouvernement portugais a donné ce qui s’apparente à un accord implicite à l’opération en s’opposant publiquement à la fin du mois de mai à la prise de contrôle de Novo Banco par CaixaBank. Avec BPCE, c’est une «transaction amicale», assure Nicolas Namias. Il est aussi convaincu qu’elle sera avant tout profitable.
NatWest et Santander ont émis des obligations subordonnées Additional Tier 1 (AT1) remboursables par anticipation seulement après 10 ans, au lieu des 5 ans habituels. Pour les banques, cela repousse les échéances de leur refinancement. Pour les investisseurs, les risques de dépréciation et de non-remboursement à date de «call» augmentent.
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