Bercy et les banques doivent se mettre d’accord sur l’aménagement du PGE
Mobilisées par le gouvernement dès le confinement, les banques françaises ont de nouveau répondu à l’appel hier. En tout cas pour partie, en acceptant de laisser ouvert le robinet du crédit pour les entreprises mises en difficulté par le couvre-feu et le rétablissement de l’état d’urgence sanitaire. «Les banques soutiennent le report au 30 juin de l’accès aux PGE (prêts garantis par l’Etat, ndlr), annoncé par le président de la République et le ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance», déclarait hier soir un porte-parole de la Fédération bancaire française (FBF). Quelques heures plus tôt, Bruno Le Maire annonçait que l’accès aux PGE serait prolongé jusqu’à la fin du premier semestre 2021, au lieu de l’échéance initiale du 31 décembre 2020.
En revanche la possibilité de différer les échéances des emprunteurs en difficulté reste en discussion. «Nous demandons à la FBF d’examiner un report du remboursement de ces prêts d’une année supplémentaire pour les entreprises qui en ont réellement besoin, a expliqué Bruno le Maire. La souplesse doit être la règle en la matière. J’ai eu l’occasion d’en discuter dès ce matin avec Philippe Brassac, le président de la FBF et directeur général du Crédit Agricole. Je le remercie de sa compréhension sur le sujet.» Un «merci» nominatif assez unique, au cours de la longue conférence de presse menée par le Premier ministre Jean Castex.
Approche au «cas par cas»
A ce stade, la profession n’a pas pris d’engagement formel sur cette mesure, qui était réclamée par la Confédération des PME. «Les banques ont pris note de la demande de proposer des solutions pour cette première année, destinées aux entreprises particulièrement touchées des secteurs frappés par les restrictions d’activité», explique la FBF.
Quelles entreprises bénéficieront d’un différé ? Bercy privilégie une approche «au cas par cas» et indique que des «réponses» seront données, «quand on aura travaillé avec la FBF». «Le dialogue permanent avec le conseiller bancaire est essentiel pour que chaque entreprise et professionnel trouve la solution qui lui convient le mieux, notamment pour le remboursement du PGE, précise la FBF. Rappelons que son amortissement, sur une période additionnelle d’un à 5 ans, est à la main des chefs d’entreprises.»
Reste à savoir si cette «souplesse» créera des distorsions de traitement entre les clients ou d’une banque à l’autre, alors que le PGE se veut un produit universel, accessible à presque toutes les entreprises. «Les principaux bénéficiaires du report des échéances devraient être les cafés, hôtels et restaurants», confie une source bancaire. Officiellement, la profession n’a pas chiffré le coût de la mesure. Pour les clients autorisés à repousser le remboursement, cette avance de trésorerie serait donc sans frais jusqu’au printemps 2022 au moins. Les premières échéances de ces crédits à faible marge sont dues fin mars 2021, au premier anniversaire du dispositif.
122 milliards d’euros
Depuis sa mise en place, les banques tricolores ont accordé environ 590.000 PGE, pour un montant total de 122 milliards d’euros (au 2 octobre), dont la moitié pendant le confinement, selon les chiffres communiqués par Bercy. Au total, l’Etat s’était engagé à garantir les prêts jusqu’à 300 milliards d’euros. En cas de défaillance de l’emprunteur, la banque sera remboursée à hauteur de 90% du capital emprunté par une PME, et à 70 ou 80% pour une entreprise plus grande.
Si le risque semble en grande partie circonscrit pour ce produit, les régulateurs bancaires (EBA, ACPR…) craignent une hausse rapide des créances douteuses sur les crédits professionnels antérieurs, avec la fin des moratoires de remboursement accordés au printemps et la hausse attendue des défaillances d’entreprises.
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